Un Vieil homme m’a dit en songe

par: auteur inconnu

Une nuit, j’ai fait un rêve étrange.

J’étais enfermé dans une pièce sombre où des objets bizarres y étaient déposés. La porte s’est entrouverte, personne ne venait. Cette porte m’attirait. J’avais envie de la franchir. Une petite voix intérieure me conseillait la prudence. Elle me disait «reste là». Mais la curiosité fut la plus forte, je franchis le passage.

J’étais sur un chemin, je marchais droit devant. Au bout d’un moment, je cherchais une direction, il n’y en avait pas. Je cherchais des repères, ils s’estompaient. Revenir en arrière m’était impossible. Abandonner, je ne pouvais pas. Il fallait bien que je me rende à l’évidence: j’étais perdu, isolé du monde.

Lorsque je regardais le ciel, il y avait d’épais nuages. Lorsque je me raccrochais au chemin, les pierres me faisaient trébucher. J’étais las, découragé. De toutes mes forces, j’implorais de rencontrer quelqu’un. Enfin dans ce brouillard, je distinguais quelque chose, je m’en rapprochais. Quand je fus suffisamment près, je reconnus la silhouette d’un homme, d’un vieil homme. Il était assis sous un arbre. Mon vœu était exhaussé, il me renseignera sans doute. J’étais pratiquement arrivé devant lui que la route sur laquelle je me trouvais bifurquait.

Celle de droite me conduisait à un hameau. J’entrevoyais les lueurs, j’entendais les bruits sourds de la vie des habitants. Nouveau dilemme! Je pouvais partir à droite, courir vers la civilisation, m’y réfugier, même me faire prendre en charge. Mais il y avait ce vieil homme sous son arbre. Il ne disait rien. Il ne bougeait pas. Il ne me regardait même pas. Je n’étais rien pour lui. Et là, je pris une décision incroyable: c’est vers lui que j’irais.

Quand enfin je fus devant lui, il me dit: «bonjour, mon jeune frère». Je lui répondis poliment bonjour. Il me demanda qu’elle était ma destination. Je lui répondis: «Je ne sais pas où je vais, il me semble manquer d’indications.» Il me demanda ce que je voulais. Je lui répondis: «Je vois si mal sur ce chemin, j’aimerais un peu plus de lumière.» Il me dit: «vois-tu! La lumière est quelque chose d’impalpable, tu crois la voir mais ce n’est qu’une lueur vacillante dans le lointain.»

Il se tourna alors vers moi. Je distinguais son visage, il était sans âge. Il me demanda: «Depuis quand marches-tu? Où vas-tu? Quel âge as-tu? Qu’as-tu appris sur cette route?» A toutes ces questions je ne pouvais que répondre: «je ne sais pas, je ne sais rien.»

Le vieil homme m’invita à m’asseoir sur le bord du chemin. Il me parla longtemps. Il me disait: «Vois-tu, tout individu depuis son enfance construit son avenir. Au début il acquiert des bases. Je préfère dire qu’il creuse ses fondations. Plus elles seront solides, plus son édifice aura de stabilité.

Je te l’accorde, rien ne sera facile. Il te faudra donner beaucoup de courage pour un travail qui parfois te semblera fort modeste. Surtout ne te hâte pas. C’est en marchant lentement que tu parcourras de grandes distances. Cette construction ne pourra pas être individualiste. Tu auras besoin des uns et des autres pour créer. Sans eux, sans tes aînés, sans leurs traces, comment ferais-tu? Les anciens auront le devoir de te montrer leurs travaux pour qu’à ton tour tu puisses poursuivre ton chemin.

Tu seras enrichi, par la connaissance transmise par tes pairs! Tu devras fournir plus d’effort. Tu te sentiras interpellé par des phrases. Tu tenteras d’en deviner le sens. Et c’est dans le silence de ta réflexion que tu commenceras à apprendre en écoutant, en regardant pour n’accomplir qu’un seul petit pas qui te permettra d’en faire un autre, puis encore un autre et ainsi de progresser en sérénité. La sérénité, c’est aussi l’unité. La racine de ce mot est «uni». Sans cette union, tu ne pourras rien, tu ne seras rien. Tu te sentiras solidaire de tes autres frères comme de toi-même.

Pour faire ce métier, il n’y a pas réellement d’école, il n’y a que le travail en commun qui montre la voie du voyage vers la connaissance.»

Au moment de lui répondre, un violent coup de vent venu de nulle part me fit fermer les yeux un bref instant, je ressenti mille et une choses, j’en retins une sensation étrange et agréable, quand je pus rouvrir les yeux le vieil homme avait disparu, je ne sais pas qui il était. Il avait dit beaucoup de choses qui bizarrement résonnaient à mes oreilles.

Une phrase me revenait lancinante: qu’as tu appris sur cette route? Quoi répondre, moi l’homme du 20ème siècle, bientôt du troisième millénaire avec mes arrogances, mes certitudes. Bien sûr, j’ai appris des tas de choses mais à la réflexion, à quoi me servent-elles? C’est lui qui vient de m’enseigner quelque chose autrement plus important.

Il y a dans ce monde un langage qui peut-être comprit de tous a condition qu’ils veuillent bien l’écouter et que lui-même avait employé pendant tout ce temps où nous étions ensemble. C’était le langage de l’enthousiasme, des choses que l’on fait avec amour, en vue de ce que l’on veut obtenir et ce en quoi l’on croit. Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir.

Je me suis éveillé d’un bond, j’étais en nage, il faisait noir, je ne savais plus où j’étais. Seule la lueur du radio-réveil me rappela à la réalité. J’écoutais la nuit, elle était calme, mon épouse et mes enfants dormaient paisiblement.

Vouloir et croire, que veulent dire ces mots qui cognent dans ma tête. Prendre la route! Mais oui, à présent j’y suis. Cette route, je l’ai prise un soir de février, je me souviens à présent. Je suis sur le chemin, je vais lentement, mais j’avance vers vous. J’ai maintenant un sentiment de dédoublement de la personnalité, un vieil homme en moi que j’ai supprimé, et l’homme nouveau que je suis devenu qui chemine sur cette route laborieuse, je ne regrette rien de mon choix, alors qu’à la bifurcation, les lumières de la ville m’attiraient comme un papillon.

Aujourd’hui j’apprends à chaque foulée; j’apprends même quand le chemin n’est pas droit ou fait des détours, j’apprends aussi quand je ne comprends pas. Peut-être que l’essentiel est de connaître, de découvrir, non de tout savoir. Mais ma motivation reste intacte et restera jusqu’au moment où mes forces m’abandonneront et là je deviendrai le vieil homme de mon songe; alors je poserai mon sac à un carrefour; ma plus grande joie sera alors de voir passer un jeune homme comme je fus, et qui me demandera «vénérable vieillard, qu’elle heure est-il et quel chemin dois-je prendre?» Et je le regarderai dans les yeux en lui disant: «Il est midi plein, prends le chemin le plus difficile, c’est celui du cœur.»

J’ai dit.