Le regard

Qui se souvient de la phrase de DIDEROT
Celui qui disperse ses regards sur tout ne voit rien ou voit mal
Mais, me voici de nouveau devant vous, en ce temple où le calme et la sérénité règnent.
Me voici de nouveau ébloui par cette lumière, moi qui suis habitué à l’obscurité où le silence et la réflexion sont mes refuges.
Je regarde autour de moi, j’essaie de fixer dans mon esprit certains de nos symboles pour tenter de mieux les comprendre.
Je suis attiré irrésistiblement par une force que je ne domine pas. Je suis captivé par cet œil dans le delta au dessus de notre V.M.

Ce regard me fouille, qui est-il?
Est-il l’œil de la conscience qui regarde mon âme, qui ne pardonne rien.
Est-il l’œil du devoir que nous accomplissons jour après jour?
Est-il l’œil de la règle morale?
Est-il l’œil de l’équité?
Est-il l’œil de la connaissance?
Cet œil, est-il simplement un organe qui permet de regarder pour comprendre et ainsi voir.
Pour voir qui? pour voir quoi? des choses? des êtres? comment les voir?

Toute la conduite de notre vie dépend de nos sens.
Celui de la vue est le plus important: En effet il permet de percevoir le relief, les couleurs, et même dans le regard de l’autre les sentiments.
C’est aussi le plus universel et le plus noble car cet œil et le regard qui semble en découler se retrouve dans toutes les religions du monde, depuis l’ancienne Égypte jusqu’à nos jours.
Il semble que les phénomènes liés à la vision soient toujours apparus à l’être humain comme recelant une valeur symbolique importante. Au point que l’on peut affirmer que la vision est le centre et l’axe de la connaissance symbolique.

Tous les savoirs qui procèdent à cette connaissance privilégient l’image de l’œil.
Cependant, ce symbole de l’œil est censé introduire ce que, en aucun cas, l’œil physique ne saurait voir: L’INVISIBLE.
Une façon de dépasser ce paradoxe du visible et de l’invisible c’est l’approche de la vision globale telle qu’on la rencontre dans l’attitude humaine
– l’étonnement « regard » sur le monde,
– décentration par rapport au regard et à la conscience « ORDINAIRE »
Le défaut de centrage du fait pratique, matériel et l’expression de la conscience objective
Ce défaut de centrage permet une séparation entre la vision réelle et la vision spirituelle.
En outre, n’est-il pas nécessaire d’apprendre l’art de voir?

Au premier degré, la connaissance symbolique consiste en une seule règle:
Se taire et voir.
C’est une expérience unique.
Une expérience personnelle.
Enrichissante car elle est la démarche qui met en route la réflexion.

Bien entendu il est impossible de connaître sans voir! la connaissance symbolique est inséparable du « regard du cœur »
J’imagine qu’atteint de cécité, je ne juge plus que par mes sensations: l’écoute, le toucher, les vibrations sensorielles.
D’ailleurs n’ai-je pas commencé ma vie maçonnique comme cela uniquement. Et je m’en rends compte maintenant, que c’était bien insuffisant!
D’ailleurs ce « regard jugement » que l’on porte sur autrui qu’est-il en réalité?
Un reflet: celui de sa propre personnalité, de sa propre culture, de ses propres émotions.
Je me méfie beaucoup des reflets: ils inversent les images. Ils sont loin de la réalité. Et puis, n’est-ce pas là une image réfractée donc décentrée.

J’ai croisé bien des regards.
Regards, d’hommes et de femmes prisonniers, qui se plantent dans vos yeux pour aller y chercher un peu d’espoir, un peu de chaleur, et beaucoup d’interrogation et même exprimant de la peur primaire
Et que dire de ce regard d’une femme perdue, abandonnée de tous, contrainte de se vendre pour que ses enfants subsistent. Quand elle n’en est plus capable elle vole.
Enfants dispersés, famille anéantie, désarroi total!
Dans ce regard là, seul le cœur peut en saisir l’immensité.
N’arrive-t-on pas ici au regard de la « CONSCIENCE »
J’ai vu le regard de cet homme, blessé à mort. J’étais là, lui tenant les mains.
Il me regardait. Ne parlait pas. Il avait ses yeux dans les miens.

Que voulait-il me dire ?
Voulait-il trouver une dernière fois, un peu de réconfort, un peu de fraternitè, m’expliquer mais quoi ?
Puis son regard s’est perdu, il regardait ailleurs. Il avait ce regard tourné vers un « AVENIR » lointain, insaisissable, étrange, puis il est mort, plus de regard du tout.
Et quoi dire de ces regards d’enfants bafoués, regards d’une innocence détruite, assassinée par des femmes et des hommes infâmes, où ne brille aucun éclat; regards morts sans joie ni espoir.
Ces regards là mes frères sont des regards insoutenables, inoubliables.
En conclusion, apprenti franc-maçon que je suis, utilisant les outils qui m’ont été confiés lors de mon initiation, je me rends compte de la difficulté de les manier.
Un regard de vous mes frères, me suffit largement à satisfaire mon appétit d’apprendre.
Je sais qu’il est long le chemin qui me fera voir avec le cœur.
Mon expérience professionnelle m’a déjà permis d’approcher ce regard profond de l’âme. Mais l’apprentissage maçonnique me permettra sans nul doute d’atteindre par le regard, ce message sublime délivré par la charité.

J’ai dit.