De l’élément Eau

Il y a à l’origine de toute création une Unité qui doit contenir en elle incompréhensiblement toutes les possibilités. Sa première manifestation se fait par la division, elle s’exprime par le deux. C’est la séparation de l’Unité dans l’unité en corps et en esprit, en sel et nitre, en matière passive et agent lumineux qui lui donne sa forme.

Dès que UN devient DEUX, alors il y a le TROIS qui relie le UN et le DEUX. C’est l’esprit qui relie l’Âme au corps, c’est le mercure qui relie le soufre au sel, le nitre qui relie le passif à l’actif.

Ces trois principes étant pourtant qualitativement distincts et se définissant mutuellement, il y a entre eux intéraction, manifestant les quatre qualités élémentaires: le chaud, le sec, l’humide, le froid.

En effet, les trois principes -actif, passif, neutre- constituant le ternaire, il y a quatre interactions possibles:

-L’actif interagit avec le passif pour donner le chaud.
-L’actif interagit avec le neutre pour donner le sec.
-L’actif interagit avec le neutre et le passif pour donner l’humide.
-Le passif interagit avec le neutre et le passif pour donner le froid.

On peut donc dire que pour effectuer son évolution, la Matière chaotique se réalise, dans un premier temps en quatre modes distincts qui sont les quatre qualités élémentaires: chaud-sec-humide-froid.

Ces quatre qualités dans leur manifestation vont alors s’opposer deux à deux. De leur action, les éléments Terre, Eau, Air, Feu sortiront comme principes secondaires, du mélange desquels se formera une matiére seconde, sujette aux vicissitudes de la génération et de la corruption.

-L’élément Feu naît de l’exaltation, de la réaction et de la concentration du chaud par le sec.
-L’élément Air naît de l’action du chaud sur l’humide.
-L’élément Terre naît de l’action du sec sur le froid.
-L’élément Eau naît de l’action du froid sur l’humide qui le condense, le retient, l’alourdit. L’élément Eau isolé est de nature passive, atténuante, réceptrice, désagrégeante, dispersive, instable.

Du quaternaire initial des qualités -sec, froid, humide, chaud- se déduit le quaternaire des éléments -Feu, Eau, Air, Terre- selon la figure 1.

Bien entendu, ces modalités de la substance unique ne doivent pas être confondues avec les corps élémentés de notre terre. Les uns sont les effets, les autres sont les causes, les principes. Toute matérialité est la résultante d’un équilibre entre les éléments qui s’opposent deux à deux. C’est une des raisons pour laquelle il est bien difficile de parler de l’élément EAU sans citer les trois autres.

Il en résulte un point fondamental: l’homme ordinaire ne connaît pas les éléments au-delà de la Terre. L’Air, l’Eau, le Feu, tels qu’ils sont en eux-mêmes, il n’en connaît que leur manifestation terrestre, les formes qu’ils revêtent en apparaissant à travers l’élément Terre, c’est-à-dire à travers les processus de la perception corporelle.

L’EAU, l’AIR, le FEU que chacun connaît comme états de la matière physique, ne sont que des correspondances, pour ainsi dire, tangiblement symbolique des véritables Éléments que les Maîtres de l’Hermétisme appelaient « vivants » et qui, en eux-mêmes, sont d’autres états de l’être, d’autres modalités de la conscience, non liés au corps.

Citons un extrait des Fables Égyptiennes dévoilées de Pernety.

« La Nature n’employa donc dès le commencement que deux principes simples, dont tout ce qui existe fut formé; savoir la matière première passive, et l’agent lumineux qui lui donna forme. Les éléments sortirent de leur action, comme principes secondaires.

Les corps sensibles de la terre, de l’eau, de l’air, qui dans leurs sphères sont réellement distincts, ne sont pas les premiers et simples éléments que la Nature emploie dans ses diverses générations. Ils semblent n’être que la matière des autres. Les éléments simples sont imperceptibles et insensibles, jusqu’à ce que leur réunion constitue une matiére dense, que nous appelons corps, à laquelle se joignent les éléments grossiers, comme parties intégrantes.

Sur ces principes les anciens philosophes distinguent les éléments en trois seulement et l’univers est gouverné par trois frères, enfant de Saturne, qu’ils disent fils du Ciel et de la Terre. Les Égyptiens, regardaient Vulcain comme Père de Saturne, si nous en croyons Diodore de Sicile. C’est sans doute la raison qui put les déterminer è ne pas mettre le feu au nombre des éléments. Mais comme ils supposaient que le feu de la Nature, principe du feu élémentaire, avait sa source dans le Ciel, ils en donnèrent l’empire à Jupiter, et pour sceptre et marque distincte ils l’armèrent d’une foudre à trois pointes et lui associèrent pour femme sa sœur Junon, qui gouverna l’Air. Neptune fut constitué sur la mer et Pluton aux enfers. Chacun des trois frères avait un sceptre à trois pointes pour marquer son empire et pour donner à entendre que chaque élément, tel que nous les voyons, est un composé des trois. »

On peut donc dire que les quatre éléments sont les quatre principes subtils, les quatre éthers formateurs qui sont à l’origine de tous les corps matériels. Ces quatre éthers sont invisibles, immatériels bien que parfaitement réels. Ce sont des forces cosmiques, des formes énergétiques issues de la même source universelle que les Anciens nommaient Quintessence, « semence des éléments » pour employer un terme alchimique.

Ainsi l’eau correspond à l’éther chimique qui est celui des sons et des nombres, et produit des formes de demi-lunes ou de disques brillants.

Les Anciens se sont servis du triangle pour représenter les éléments. Le symbole de l’eau est un triangle regardant vers le bas. Ce triangle est un feu renversé. Ce symbole, qu’il soit regardé dans un plan vertical ou dans un plan horizontal, évoque une chute, quelque chose qui descend, qui pénètre comme la pluie qui tombe du ciel, les corps pour les vivifier.

Plus généralement, l’eau peut symboliser l’état liquide que prend tous les corps terrestres sous l’action plus ou moins forte du feu. Comme l’eau s’étale horizontalement, elle tend au repos, au calme, à la passivité. On peut ainsi établir un rapprochement entre l’eau et la nature féminine.

Voici quelques propriétés intéressantes de l’élément Eau. D’après la proposition de Platon concernant les quatre éléments, on peut dire que le Feu est à l’Air, ce que l’Air est à l’Eau, et ce que l’Eau est à la Terre. Si nous nommons cette proportion, nous aboutissons au schéma suivant:

{ Feu= , c’est le Point, le UN sans dimension.
{ Air= , c’est la ligne à une dimension.
{ Eau= , c’est la surface, le plan horizontal.
{ Terre= , c’est le volume.

Platon dévoile dans son « Timée » la relation qui unit les quatre éléments avec les polyèdres réguliers. Ainsi:

{ Terre —— Cube
{ Eau ——- Icosaèdre (solide à 20 faces triangulaires)
{ Air ——– Octoèdre (solide à 8 faces)
{ Feu ——- Tétraèdre (pyramide à 4 faces)

Nos Anciens disaient que l’Eau est d’une nature de densité qui tient le milieu entre celle de l’Air et celle de la Terre. Elle est la menstrue de la Nature, et le véhicule des semences. C’est un corps volatil qui semble fuir les atteintes du Feu et s’exhale en vapeurs à la chaleur la plus légère. Il est susceptible de prendre toutes les figures et est plus changeant que Prothée. L’Eau est un mercure qui prenant tantôt la nature d’un corps terra-aqueux, tantôt celle d’un corps aqua-aérien, attire et va chercher les vertus des choses supérieures et inférieures. Il devient par ce moyen le Messager des Dieux et leur Médiateur. C’est par lui que s’entretient le commerce du Ciel et de la Terre. Ici nous voyons une des plus importantes connexion entre les symboles de l’eau et du mercure et aucun signe alchimique n’égale en importance celui du mercure. Brièvement, nous dirons que c’est le symbole de la Force-Vie de l’Un, la Shakti de la tradition hindoue. C’est l’essence fondamentale de la vie des choses et des êtres, comme le principe grâce auquel ils se produisent, se développent et se transforment. C’est l’agent universel de la Nature, le messager des Dieux. Elle est à l’origine de toute vie manifestée, elle est sève, souffle vital, régénération.

Sa relation à la vie, au souffle vital, au corps éthérique, l’associe à la Lune qui possède une grande influence sur elle: montées ou descentes de sève, marées, cycles menstruels, lymphe.

L’Eau volatilisée par le Feu retombe en pluie sur la Terre. Elle y circule et corrompt les germes fécondés par l’Air et animés par le Feu. L’Eau fait naître la putréfaction dans la Terre par l’action de l’Air.

Nos Maîtres disent qu’au commencement tout était Eau, montrant ainsi une autre facette du symbole de l’Eau. L’Eau devient ainsi le symbole de la première matière sans forme. C’est le Chaos d’où tout est sorti qui était comme une vapeur, ou une substance humide, semblable à une fumée subtile. La Lumière la raréfia et les cieux se formèrent de la portion la plus subtilisée; l’Air de celle qui l’était un peu moins; l’Eau élémentaire de celle qui était la plus grossière, et la Terre de la plus dense. Cette première Eau correspond à la matière indépendante de toutes les formes et de tous les aspects qu’elle est susceptible de revêtir. Elle renferme en elle-même toutes les possibilités de manifestation. C’est Noun, le milieu abstrait, primordial, l’Océan cosmique qui sous l’effet de l’acte créateur donnera naissance à Tefnout, l’Eau vivante, animée (c’est-à-dire ayant nécessairement en elle un feu styptique) que la kabbale appelera Eshmajin.

Comme l’Eau est à l’origine de toute vie manifestée, elle devient un instrument de purification par aspersion, ablution, lavage. La nature de l’eau la porte à la pureté car elle a toujours tendance par sédimentation, ou évaporation, à se régénérer, se purifier, devenir transparente. Ces rapprochements permettent d’envisager l’épreuve de l’Eau, telle qu’on la subissait dans les initiations, comme le symbole du passage de la vie sensuelle à la vie spirituelle. En traversant l’Eau, nous lui abandonnons ce qui lui appartient. L’immersion est régénératrice, elle opère une renaissance dans le sens où elle est à la fois mort et vie. Elle efface les poussières du passé et rétablit l’être dans un état nouveau.

En astrologie, l’Eau cardinale est l’Eau du Cancer, le 4ème signe, le fond du ciel, la gestation, la mère, la génération. la Lune y a son domicile, grand réservoir du principe humide favorable à la végétation. L’Eau du Scorpion (8ème signe) est la renaissance, après la réalisation dans le monde manifesté. L’Eau du Poisson (12ème signe) est celle de la libération de l’être, c’est la source de la vraie vie céleste, le bain d’immortalité.

« Qui boira de l’eau que je lui donne n’aura plus jamais soif » (Jean 4- verset 4) et quand l’homme boit de cette eau, alors la lumière de vie s’allume en lui. »