Pourquoi les Maçons fêtent-ils les deux saint Jean ?

Le 27 décembre 2005, alors qu’il était en visite officielle à la Loge St. John no 3 de Québec et que je l’accompagnais pour ainsi fêter le solstice d’hiver et saint Jean l’Évangéliste, le Grand Maître, le PVF John A. Prosnick, me demanda d’expliquer par écrit les raisons pour lesquelles les Francs-Maçons fêtent les deux saints Jean : Jean le Baptiste le 24 juin ; Jean l’Évangéliste le 27 décembre. Voici le fruit de mes recherches.

La réponse à une telle question doit d’abord porter sur la définition et la signification symbolique des solstices et des cérémonies auxquelles l’arrivée de ces deux événements annuels donnaient lieu autrefois ; elle concerne également le choix historique, par l’Église chrétienne, des deux saints Jean pour marquer symboliquement ces solstices; elle doit montrer le lien historique existant entre la Maçonnerie opérative, la Maçonnerie spéculative et les deux saints Jean ; elle doit enfin expliquer pourquoi les Francs-Maçons actuels fêtent ces deux saints et, en même temps, l’arrivée des solstices.

Définition et signification symbolique des deux solstices

Le solstice du 24 juin marque le début de l’été ; celui du 27 décembre, le début de l’hiver – les équinoxes marquant le début des saisons du printemps et de l’automne dans nos régions tempérées. Cependant, le caractère symbolique des solstices ne coïncide pas avec le caractère général des saisons correspondantes. En effet, le solstice d’hiver ouvre la phase ascendante du cycle annuel ; le solstice d’été en ouvre la phase descendante – d’où le symbolisme gréco-latin des portes solsticiales représentées par les deux faces de Janus : l’une, celle d’un jeune homme (l’avenir, l’année qui commence); l’autre, celle d’un vieillard (le passé, l’année qui se termine). Son image doit engager le Maçon à regarder en arrière en même temps qu’en avant ; pour préparer à l’humanité les voies du progrès, il faut tenir compte des leçons de l’histoire. Par ailleurs, il est aisé de constater que c’est la porte hivernale qui introduit la phase lumineuse du cycle, et la porte estivale sa phase d’obscuration.

L’Église chrétienne et le culte des deux saints Jean

L’Église chrétienne a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en choisissant ces personnages parce qu’ils ont le même nom, et en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination : la Nativité à la fin du cycle estival et, un peu plus tard, durant cycle hivernal, la résurrection du Christ. C’est pourquoi Jean l’Évangéliste rapporte lui-même dans son évangile les paroles du Baptiste : « Il faut que lui grandisse et que je décroisse». La naissance du Christ est ainsi placée arbitrairement le 25 décembre – alors que l’on a la preuve qu’il est né au printemps – afin de corroborer la prophétie du Baptiste : l’annonce de la venue du Christ, qui met un terme à l’Ancienne Alliance (l’Ancien Testament) et commence la Nouvelle.

Il faut aussi considérer le fait que les deux saints Jean sont des hommes et non des femmes, et l’on peut dire que cela « tombe bien » pour l’Église, car ils symbolisent, à travers les solstices, le Christ Chronocrator, celui qui dirige, qui domine le temps – direction suprême de la vie et de l’univers, fonction céleste entre toutes, que seul un homme peut assumer.

Afin de conférer le titre de Chronocrator au Christ, le symbole de ce dernier et de la chrétienté devient alors la croix, qui remplace le poisson. Bien avant de devenir l’emblème du christianisme, la croix fut en de nombreuses régions du monde, l’image du cosmos. Formée par l’intersection de deux perpendiculaires, la croix découpe l’espace en quatre. Or, quatre correspond aux saisons (printemps, été, automne, hiver), aux éléments (terre, eau, air, feu), aux points cardinaux (orient, midi, occident, septentrion), aux phases de la Lune (nouvelle, croissante, pleine, décroissante), à l’année (deux équinoxes et deux solstices), aux âges de la vie (enfance, jeunesse, maturité, vieillesse) et aux moments du jour (aube, midi, crépuscule, nuit) . On peut y ajouter le symbolisme de la règle de 24 pouces : la division de la journée du Maçon entre la prière, le travail, le repos et le sommeil. C’est tout cela que domine le Chronocrator ; les deux saints Jean le symbolisent par leur foi commune et les dates de leurs fêtes.

Il faut enfin regarder un autre point : Jean le Baptiste baptise les croyants dans l’eau; on peut dire qu’il travaille « de ses mains », il est un « opératif », alors que Jean l’Évangéliste écrit et fait un travail intellectuel, il est un « spéculatif » : à eux deux, ils symbolisent le corps et l’esprit, la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative, le Pavé mosaïque, mais aussi l’eau et le feu – l’eau (et la terre), évidemment, pour le Baptiste, et le feu (et l’air) pour l’Évangéliste. Ce dualisme symbolique est d’ailleurs confirmé par la vie même des deux saints.

Jean le Baptiste, fils du prêtre Zacharie et d’Élisabeth, cousine de Marie, se retira très tôt au désert pour se préparer, par la prière et le jeûne, à sa mission de précurseur du Christ. À trente ans, il parut sur les rives du Jourdain, prêchant un baptême de repentir pour la rémission des péchés. Il était vêtu de peaux de chameau et d’une ceinture de cuir, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. Les juifs accouraient pour l’écouter. Il se défendait d’être le messie : « Un autre vient dont je ne suis pas digne de dénouer les sandales. Moi, je vous baptise dans l’eau, mais lui vous baptisera dans l’esprit» : en Maçonnerie, Jean le Baptiste est l’Initiateur, celui qui, grâce à l’épreuve de l’eau, prépare le chemin vers la réalisation de la Beauté, de la Force et de la Sagesse. Le roi Hérode Antipas ayant épousé sa nièce Hérodiade, femme de son frère, Jean le Baptiste s’éleva contre cet inceste. Hérode le fit emprisonner. Salomé, fille de Hérodiade, dansa pour Hérode et le séduit – un autre inceste aux yeux du Baptiste. Hérode lui ayant offert ce qu’elle désirait, Salomé lui demanda, sur les instances de sa mère, la tête de Jean. C’est ainsi que Jean-Baptiste fut décapité. Sa mort – celle de son corps en particulier – symbolise la fin abrupte de l’Ancien Testament, la phase descendante du cycle solaire. L’animal qui le symbolise est le mouton, un animal             « terrestre » très paisible.

Fils de Zébédée, patron de pêche à Bethsaïde, Jean l’Évangéliste était ce jeune pêcheur de Galilée qui, avec André, suivit le Christ lorsqu’il entendit Jean le Baptiste le désigner    « l’Agneau de Dieu». Le Christ l’appelait parfois « fils du tonnerre » en raison de son ardeur – d’où le symbole du feu qu’on lui accole. Après la Pentecôte, il prêcha à Éphèse, en Asie mineure. Arrêté et conduit à Rome, il fut plongé dans une cuve d’huile bouillante, près de la porte Latine, sans en ressentir de douleur. Sous la persécution de Domitien, il fut exilé dans l’île de Pathmos durant quinze mois ; c’est là qu’il écrivit l’Apocalypse, un livre prophétique. Revenu à Éphèse, il y dirigea des communautés chrétiennes et écrivit le quatrième Évangile et trois Épîtres, afin de réfuter les hérésies. Il atteignit, dit-on, une extrême vieillesse. La mort tardive et paisible de Jean l’Évangéliste tranche avec la mort subite et violente de Jean le Baptiste ; on peut y voir le symbole de la vie éternelle de l’esprit, opposée à la vie brève et pleine de souffrances du corps. L’animal qui symbolise Jean l’Évangéliste est l’aigle, un animal « aérien », fougueux comme le feu – quoique le feu purificateur soit aussi associé à l’été, et donc au Baptiste. D’ailleurs, saint Jean l’Évangéliste a pour surnom « l’Aigle de Pathmos ».

Jules Boucher signale par ailleurs que, d’après certains auteurs, saint Pierre symboliserait l’Église « extérieure » et saint Jean, l’Église « intérieure ». Aussi, ajoute Boucher, a-t-on vu dans le nom de saint Jean l’Évangéliste, utilisé par la Maçonnerie, la preuve évidente de son rattachement à la gnose considérée comme la doctrine secrète et intérieure de l’Église. Ce raisonnement est intéressant, mais que fait-il du Baptiste ? La Maçonnerie fête les deux saints Jean, et non un seul.

Les deux saints Jean, la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative

Les anciennes guildes ne s’occupaient pas seulement des affaires courantes de leur métier, lequel était appelé un « mystère », mais elles prenaient également soin de la santé spirituelle de leurs membres ; à cette fin, elles employaient un prêtre ou un chapelain, qui dirigeait leurs cérémonies religieuses et offrait des messes ou des prières pour le repos de l’âme des défunts. C’est pourquoi chaque guilde avait un saint patron; les membres des guildes étaient souvent liés à une église particulière où, en certaines circonstances, ils organisaient des célébrations. Elles étaient à l’image des métiers dans l’Antiquité, placés sous la protection d’une divinité.

Parmi les saints patrons des maçons et des tailleurs de pierre, on trouve les saints suivants : Blaise, Thomas, Louis, Grégoire, Alpinien, Marin, Martin, Étienne, sainte Barbe et « les Quatre Couronnes », ainsi que les fêtes religieuses de l’Ascension et de l’Assomption ; mais saint Jean n’en fait pas partie.

Au sujet des Quatre Couronnes, dans La Légende dorée, Jacques de Voragine déclare que

Les Quatre Couronnes s’appelaient Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin. Par ordre de Dioclétien, ils furent battus de verges plombées jusqu’à ce que mort s’ensuive. On fut pendant très longtemps sans trouver les noms des quatre martyrs et l’Église, faute de connaître leurs noms, décida de célébrer leur fête le même jour que celle de cinq autres martyrs, Claude, Castor, Symphorien, Nisostrate et Simplice, qui subirent le martyre deux ans plus tard. Ces cinq martyrs étaient sculpteurs ; et comme ils se refusaient à sculpter une idole pour Dioclétien, ils furent enfermés vivants dans des tonneaux plombés et précipités dans la mer, en l’an du Seigneur 287. C’est donc le jour de la fête de ces cinq martyrs que le pape Milchiade (311-314) ordonna que fussent commémorés, sous le nom des Quatre Couronnes, les quatre autres martyrs dont on ignorait les noms. Et bien que, par la suite, une révélation divine eût permis de connaître les noms de ces saints, l’usage se conserva de les désigner sous le nom collectif des Quatre Couronnes. On célèbre leur fête le 8 novembre.

alors que, selon Joseph Léti,

Cinq maçons [chrétiens], qui pourraient aussi être des sculpteurs, furent mis à mort sous le règne de Dioclétien à cause de leur refus d’exécuter la statue d’une divinité païenne. En même temps qu’eux, furent passés par les armes quatre soldats [romains] qui ne voulaient pas encenser l’auteur de cette divinité. Les neuf cadavres ayant été ensevelis ensemble, la tradition, qui n’a rien retenu des cinq premiers, ne conserva que les quatre autres qui probablement portaient la couronne de centurion, ce qui conférait la plus haute classe des gradés de la milice.

Les Quatre Couronnes furent les saints patrons des loges opératives allemandes au Moyen Âge. Plus tard, Moïse et Salomon devenaient ceux de la Franc-maçonnerie anglaise et les deux saints Jean ceux de la Franc-maçonnerie américaine et de nombreuses autres Obédiences d’Europe continentale et d’ailleurs.

Toutefois, pour Oswald Wirth, l’expression « Loge de saint Jean » dérive bel et bien du titre que portaient au Moyen Âge les corporations constructives : « Confraternités de saint Jean» – sans toutefois que l’on sache avec précision lequel des deux saints la Maçonnerie honore en invoquant son nom. Tous les métiers francs célébraient le culte général de saint Jean.

Un document ancien, la Charte de Cologne, signale qu’avant l’an 1440, la société des Francs-Maçons était connue sous le nom de « Frères de Jean», et qu’ils ont commencé à s’appeler « Maçons Francs et Acceptés » à Valenciennes. À cette époque, dans les Flandres, grâce à l’assistance et à la richesse de la fraternité, les premiers hôpitaux furent érigés en vue de soulager les personnes atteintes du feu de saint Antoine. Une autre partie de la Charte dit que les auteurs de ces associations s’appelaient « Les Frères consacrés à Jean » parce qu’ils imitaient Jean le Baptiste.

Le nom de Jean se rattache aussi à la légende du « Prêtre Jean » (XIIe ou XIIIe siècle), qui aurait été un souverain tartare. Jusqu’au XVIIIe siècle, le négus d’Abyssinie était appelé de ce nom ; nombre d’empereurs d’Abyssinie ont porté le nom de Jean.

La Maçonnerie ne se rattache pas aux corporations, qui réglementaient étroitement les métiers, mais aux confréries de métiers libres, dits « francs », d’origine religieuse. Le privilège de franchise existait dans les abbayes et surtout dans les domaines du Temple. Les commanderies templières attirèrent de nombreux artisans qui pouvaient, sous la protection des Templiers, passer librement d’une commanderie à l’autre – comme saint Jean l’Évangéliste a pu voyager malgré les multiples épreuves qu’il a subies durant sa longue vie. Les Templiers portaient une vénération particulière à saint Jean, confondant facilement, dans leurs invocations, l’Évangéliste et le Baptiste, puisque le 24 juin donnait lieu à de grandes réjouissances. Lorsque l’Ordre du Temple fut dissous, en 1312, par le pape Clément V, les biens des Templiers furent attribués aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, avec les privilèges et droits accordés à leurs anciens possesseurs. Les franchises dont bénéficiaient les gens de métiers furent donc maintenues, et elles existaient encore au moment de la Révolution française .C’est pourquoi les maçons du Temple, ou « francs maçons », se placèrent sous la protection de saint Jean.

La Maçonnerie actuelle et la fête des deux saints Jean

Ce n’est donc pas par hasard si c’est précisément le 24 juin 1717, à Londres, que quatre Loges, où opératifs et spéculatifs se côtoyaient, s’unirent en Grande Loge et élirent un Grand Maître.

Des dissensions se produisirent rapidement au sein de ces Loges. Elles avaient pour origine la différence de statut social entre les maçons de métier et les Maçons acceptés. Il en résulta qu’à côté des Loges régulières régies par la Grande Loge de Londres subsistèrent des Loges indépendantes généralement désignées sous le vocable de « Loges de saint Jean ». Elles s’unirent à des maçons irlandais indépendants pour former, en 1751, la Grande Loge rivale, dont les membres revendiquaient le titre de       « Maçons anciens » (parce qu’opératifs), les Maçons de la première Grande Loge étant dits « Maçons modernes ». Cette situation perdura jusqu’à la réconciliation des deux Grandes Loges et la création, en 1813, de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Mais de ce schisme étaient issus, dès 1753, deux systèmes de classification des Loges, les Loges       « anciennes » ayant conservé l’appellation de « Loge de saint Jean » pour toutes leurs Loges et s’étant donné des titres distinctifs variés, et celles de la Grande Loge des           « modernes » ayant adopté deux autres saints patrons : Moïse et Salomon, et ayant rejeté l’ancienne dédicace générale à saint Jean.

Dans certaines Obédiences, les Loges des trois premiers Degrés sont appelées « Loges de saint Jean » ou « Loges de Saint-Jean ». On y place souvent la Bible ouverte à la première page de l’Évangile de saint Jean, parfois qualifié d’« Évangile de l’Esprit », dont les cinq premiers versets – ou prologue – sont un véritable monument ésotérique :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était, au commencement, auprès de Dieu. Tout, par lui, a été fait, et, sans lui, rien n’a été fait. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.

Les plus anciens rituels maçonniques confirment l’utilisation de l’expression « Loge de Saint-Jean ». Voici les questions que l’on pose encore actuellement à un Frère visiteur lorsqu’il se présente dans une telle Loge, et les réponses qu’il doit donner :

Le Vénérable Maître: D’où venez-vous, mon Frère ?
Le Frère visiteur: D’une loge de Saint-Jean.
Le Vénérable Maître: Que fait-on dans une loge de Saint-Jean ?
Le Frère visiteur: On y tresse des couronnes pour la vertu ; l’on y forge des chaînes pour les vices.
Le Vénérable Maître: Que venez-vous faire ici ?
Le Frère visiteur: Vaincre mes passions, soumettre ma volonté à mes devoirs et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
Le Vénérable Maître: Qu’apportez-vous en Loge ?
Le Frère visiteur: Bienveillance à tous mes Frères.

Et le Vénérable Maître, lorsqu’il ouvre officiellement les Travaux dans l’une de ces Loge, prononce solennellement la formule suivante :

À la gloire du Grand Architecte de l’Univers, au nom de la Franc-maçonnerie universelle et sous les auspices de la Grande Loge …, en vertu des pouvoirs qui m’ont été conférés, je déclare ouverte au Grade d’Apprenti cette Respectable Loge de Saint-Jean, constituée à l’Orient de … sous le no … et le titre distinctif … À moi mes Frères, par le signe, la batterie et l’acclamation écossaise (batterie : 0 – 0 – 0 ; acclamation : Houzzé ! – Houzzé ! – Houzzé !). Mes Frères ! Nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos métaux à la porte du temple ; élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière!

Dans ces Loges, on célèbre les fêtes des deux saints Jean. Mais il n’est pas exclu que des Loges qui ne sont pas « Loges de saint Jean » fêtent également saint Jean le Baptiste et/ou saint Jean l’Évangéliste – avec ou sans référence au solstice. C’est ainsi que la Loge St. John no 3 (GRQ), AF & AM, à l’Orient de Québec, fête chaque année son patronyme le 27 décembre et, en même temps, l’arrivée du solstice d’hiver et le début d’un temps nouveau. Par ailleurs, la Loge Golden Rule no 5 (GRQ), AF & AM, à l’Orient de Stanstead, organise chaque année, aux environs du 24 juin, une Tenue au Grade de Maître, en plein air, sur le sommet du mont Owl’s Head, dans les Cantons de l’Est. Ces diverses célébrations montrent bien que même si toutes les Obédiences n’ont pas adopté la classification de la « Maçonnerie johannite », leurs Loges sont libres de rendre hommage aux deux saints Jean et de fêter le passage d’un solstice à l’autre.

L’expression « Maçonnerie johannite » a été introduite par le Révérend Dr George Oliver (1783-1870) pour désigner le système de maçonnerie dont les deux saints Jean sont reconnus comme les patrons, et à qui les Loges sont dédicacées. Ce système contredisait celui du Révérend Dr Samuel Hemming (1768-1828), auteur du rituel de      « synthèse » adopté par la Grande Loge Unie d’Angleterre, lors de sa création, en 1813, par la fusion des « Modernes » et des « Anciens », et dans lequel la dédicace des Loges est faite à Moïse ou à Salomon. Oliver était fortement opposé à ce changement – par ailleurs très critiqué par plusieurs Obédiences – et écrivit à ce sujet un livre intéressant. Mais les Hemming Lectures sont demeurées le système autorisé par la Grande Loge Unie d’Angleterre .Selon la définition donnée par Oliver, le système pratiqué aux États-Unis est une Maçonnerie johannite.

Il ne faut pas confondre la « Maçonnerie johannite » et les Johannites, secte religieuse maçonnique établie à Paris en 1814 par Raymond de Fabre-Palaprat (1775-1838), Grand Maître de l’Ordre du Temple.

Les Templiers célébraient leurs fêtes les plus importantes le 24 juin ; la Maçonnerie n’aurait, à ce propos, que perpétué une coutume de l’Ordre du Temple. Dans le monde profane, la Saint-Jean d’été est marquée par des feux qui sont encore allumés en maintes régions ; le folklore est riche de traditions s’y rapportant. Ajoutons enfin que saint Jean-Baptiste est le protecteur du Québec.

Au même titre que Hiram Abif, Hiram de Tyr et Salomon, les deux saints Jean sont des personnages importants de la symbolique maçonnique. Il convient de les vénérer en toute connaissance car, pour un Maçon, la connaissance, c’est la Lumière. Et la connaissance peut commencer par l’étude du symbolisme du Pavé mosaïque et de la place des deux saints Jean dans la Maçonnerie.

 

Du silence qui me parle

Ténèbres abyssales, plénitude du vide, mystère d’avant l’origine … SILENCE!

La nuit, le calme et le silence gardent ce parfum d’origine, puissance inaugurale et initiatrice qui prélude à tous les commencements. Tout est possible et rien ne sort encore. Pour l’homme animé d’un souffle, d’une pensée et d’un geste le silence ouvre un chemin privilégié de retour à l’essentiel.

« Sur le mode méditatif entendu comme marche vers le centre, le silence opère le retournement. Retournement des sens, de l’extérieur vers l’intérieur, fin de l’agitation existentielle et ouverture à l’indicible présence. »

« Sur le mode méditatif entendu comme accès à soi-même, le retrait du monde coloré permet d’entendre la vie bruissante et parfois bruyante de l’intérieur. »

Turbulences des émotions qui agitent le cœur, habillent l’âme et occupent l’esprit. Silence du recueillement où se décantent les personnages et les discours institués qui, à notre insu, nous enchaînent dans une conscience forcée par l’histoire de notre vie. Tension – dépouillement – abandon – reconnaissance – réconciliation – abord de l’inquiétante mais savoureuse exigence d’être autre.

Non qu’il y aurait en nous une autre personne en attente d’une destinée plus juste mais plus fondamentalement puissance d’être à l’infinitif, c’est-à-dire sur un mode non défini, non emprunté et toujours inachevé.

« Sur le mode méditatif entendu comme expérience de soi, le silence du besoin d’avoir l’air, libère une virginité toujours renouvelée pour la rencontre de l’autre. »

« Sur le mode méditatif entendu comme appel à l’autre, le silence est une capacité inventive qui se nourrit de l’expérience partagée de la rencontre. »

Silence du voyageur qui part les mains vides à la découverte du monde et de sa différence. Silence amoureux qui refuse l’assimilation digestive de l’autre qui le ramène toujours au même et à soi-même.
Silence innocent qui écoute la parole fécondante, parole de l’autre mais aussi autre parole qui suscite et invite à se dire. Responsabilité du silence qui engage et libère l’autre, garant de ma liberté qui ne finit pas mais commence avec la liberté de l’autre.

Silence essentiel qui n’est pas réticence,
Silence apaisant qui n’est pas quiétude,
Silence qui n’est pas mutisme mais parole résonnante.

Viviane Starck
« Midi Plein » – 2009
Editions de la Hutte

La Loge Mère

de: Rudyard Kipling

Il y avait Rundle, le chef de la station Beazelay, des Voies et Travaux
Ackmann, de l’intendance, Donkin, de la prison
Et Blake, le sergent instructeur, qui fut deux fois notre Vénérable,
Et aussi le vieux Franlee Edullee, qui tenait le magasin « Aux denrées européennes »

Dehors, on se disait: « Sergent, Monsieur, Salut, Salam! »
Dedans, c’était: « Mon Frère! » et c’était bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l’Équerre.
Moi, j’étais Second Diacre dans ma Loge Mère, là-bas!

Il y avait encore Bola Nath, le comptable Saul, le Juif d’Aden
Din Mohammed, du bureau du cadastre
Le sieur Chucherbutty Amir Sing, le Sick
Et Castro, des ateliers de réparation, qui était catholique romain.

Nos décors n’étaient pas riches, notre temple était vieux et dénudé,
mais nous connaissions les anciens Landmarcks et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière, cette pensée, souvent me vient à l’esprit:
« Au fond, il n’y a pas d’incrédules. Si ce n’est peut-être, nous-mêmes »

Tous les mois, après la tenue, nous nous réunissions pour fumer;
Nous n’osions pas faire de banquets
(de peur d’enfreindre la règle de caste de certains Frères)
Et nous causions à cœur ouvert de religion et d’autres choses.
Chacun de nous se rapportant au Dieu qu’il connaissait le mieux.

L’un après l’autre, les Frères prenaient la parole et aucun ne s’agitait.
L’on se séparait è l’aurore, quand s’éveillaient les perroquets et le maudit oiseau porte-fièvre.
Comme après tant de paroles nous nous en revenions à cheval
Mahomet, Dieu, Shiva jouaient étrangement è cache-cache dans nos têtes.

Bien souvent depuis lors, mes pas errant au service du gouvernement
Ont porté le salut fraternel de l’Orient à l’Occident,
Comme cela nous est recommander, de Kobel à Singapour.
Mais combien je voudrais les revoir tous.

Ceux de ma Loge-Mère, là-bas! Comme je voudrais les revoir,
Mes Frères noirs ou bruns et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l’allumeur et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l’office.

Et me retrouver Parfait Maçon une fois encore, dans ma loge d’autrefois.
Dehors, on se disait: « Sergent, Monsieur, Salut Salam! »
Dedans, c’étais: « Mon Frère » et c’étais bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l’Équerre.
Moi, j’étais Second Diacre dans ma Loge-Mère, là-bas !

La Loge

par: Michèle Michaud

C’est le point du milieu dans lequel je me retire
Où le reste du monde n’a pas ses entrées
L’Atelier de ma vie, de ma pierre à polir
L’Égrégore sur lequel veillent mes pensées

Son rite magnifique empreint de solennel
Jour après jour résonne dans ma tête
De son écho émane toujours un mystérieux appel
Réunissant les êtres sur une ligne parfaite.

Soleil vénérable éclairant nos travaux
Lune charitable libérant nos émotions
Sur les colonnes, chemins de feu et d’eau
Se rejoignent les âmes en pleine communion.

Droiture et rectitude sont en ce lieu, inséparables
Et si parfois, les marches sont difficiles à gravir
Les bras et les mains se tendent, témoins admirables
D’une fraternité qui ne cessera jamais de grandir

La Loge est le point du centre de mon cœur
J’écoute son respire, son sang pulse dans mes veines
Elle est la place de tous mes Fr&res et Sœurs
Temple vivant et sacré où nos volontés s’enchaînent.

Le regard

Qui se souvient de la phrase de DIDEROT
Celui qui disperse ses regards sur tout ne voit rien ou voit mal
Mais, me voici de nouveau devant vous, en ce temple où le calme et la sérénité règnent.
Me voici de nouveau ébloui par cette lumière, moi qui suis habitué à l’obscurité où le silence et la réflexion sont mes refuges.
Je regarde autour de moi, j’essaie de fixer dans mon esprit certains de nos symboles pour tenter de mieux les comprendre.
Je suis attiré irrésistiblement par une force que je ne domine pas. Je suis captivé par cet œil dans le delta au dessus de notre V.M.

Ce regard me fouille, qui est-il?
Est-il l’œil de la conscience qui regarde mon âme, qui ne pardonne rien.
Est-il l’œil du devoir que nous accomplissons jour après jour?
Est-il l’œil de la règle morale?
Est-il l’œil de l’équité?
Est-il l’œil de la connaissance?
Cet œil, est-il simplement un organe qui permet de regarder pour comprendre et ainsi voir.
Pour voir qui? pour voir quoi? des choses? des êtres? comment les voir?

Toute la conduite de notre vie dépend de nos sens.
Celui de la vue est le plus important: En effet il permet de percevoir le relief, les couleurs, et même dans le regard de l’autre les sentiments.
C’est aussi le plus universel et le plus noble car cet œil et le regard qui semble en découler se retrouve dans toutes les religions du monde, depuis l’ancienne Égypte jusqu’à nos jours.
Il semble que les phénomènes liés à la vision soient toujours apparus à l’être humain comme recelant une valeur symbolique importante. Au point que l’on peut affirmer que la vision est le centre et l’axe de la connaissance symbolique.

Tous les savoirs qui procèdent à cette connaissance privilégient l’image de l’œil.
Cependant, ce symbole de l’œil est censé introduire ce que, en aucun cas, l’œil physique ne saurait voir: L’INVISIBLE.
Une façon de dépasser ce paradoxe du visible et de l’invisible c’est l’approche de la vision globale telle qu’on la rencontre dans l’attitude humaine
– l’étonnement « regard » sur le monde,
– décentration par rapport au regard et à la conscience « ORDINAIRE »
Le défaut de centrage du fait pratique, matériel et l’expression de la conscience objective
Ce défaut de centrage permet une séparation entre la vision réelle et la vision spirituelle.
En outre, n’est-il pas nécessaire d’apprendre l’art de voir?

Au premier degré, la connaissance symbolique consiste en une seule règle:
Se taire et voir.
C’est une expérience unique.
Une expérience personnelle.
Enrichissante car elle est la démarche qui met en route la réflexion.

Bien entendu il est impossible de connaître sans voir! la connaissance symbolique est inséparable du « regard du cœur »
J’imagine qu’atteint de cécité, je ne juge plus que par mes sensations: l’écoute, le toucher, les vibrations sensorielles.
D’ailleurs n’ai-je pas commencé ma vie maçonnique comme cela uniquement. Et je m’en rends compte maintenant, que c’était bien insuffisant!
D’ailleurs ce « regard jugement » que l’on porte sur autrui qu’est-il en réalité?
Un reflet: celui de sa propre personnalité, de sa propre culture, de ses propres émotions.
Je me méfie beaucoup des reflets: ils inversent les images. Ils sont loin de la réalité. Et puis, n’est-ce pas là une image réfractée donc décentrée.

J’ai croisé bien des regards.
Regards, d’hommes et de femmes prisonniers, qui se plantent dans vos yeux pour aller y chercher un peu d’espoir, un peu de chaleur, et beaucoup d’interrogation et même exprimant de la peur primaire
Et que dire de ce regard d’une femme perdue, abandonnée de tous, contrainte de se vendre pour que ses enfants subsistent. Quand elle n’en est plus capable elle vole.
Enfants dispersés, famille anéantie, désarroi total!
Dans ce regard là, seul le cœur peut en saisir l’immensité.
N’arrive-t-on pas ici au regard de la « CONSCIENCE »
J’ai vu le regard de cet homme, blessé à mort. J’étais là, lui tenant les mains.
Il me regardait. Ne parlait pas. Il avait ses yeux dans les miens.

Que voulait-il me dire ?
Voulait-il trouver une dernière fois, un peu de réconfort, un peu de fraternitè, m’expliquer mais quoi ?
Puis son regard s’est perdu, il regardait ailleurs. Il avait ce regard tourné vers un « AVENIR » lointain, insaisissable, étrange, puis il est mort, plus de regard du tout.
Et quoi dire de ces regards d’enfants bafoués, regards d’une innocence détruite, assassinée par des femmes et des hommes infâmes, où ne brille aucun éclat; regards morts sans joie ni espoir.
Ces regards là mes frères sont des regards insoutenables, inoubliables.
En conclusion, apprenti franc-maçon que je suis, utilisant les outils qui m’ont été confiés lors de mon initiation, je me rends compte de la difficulté de les manier.
Un regard de vous mes frères, me suffit largement à satisfaire mon appétit d’apprendre.
Je sais qu’il est long le chemin qui me fera voir avec le cœur.
Mon expérience professionnelle m’a déjà permis d’approcher ce regard profond de l’âme. Mais l’apprentissage maçonnique me permettra sans nul doute d’atteindre par le regard, ce message sublime délivré par la charité.

J’ai dit.

De l’élément Eau

Il y a à l’origine de toute création une Unité qui doit contenir en elle incompréhensiblement toutes les possibilités. Sa première manifestation se fait par la division, elle s’exprime par le deux. C’est la séparation de l’Unité dans l’unité en corps et en esprit, en sel et nitre, en matière passive et agent lumineux qui lui donne sa forme.

Dès que UN devient DEUX, alors il y a le TROIS qui relie le UN et le DEUX. C’est l’esprit qui relie l’Âme au corps, c’est le mercure qui relie le soufre au sel, le nitre qui relie le passif à l’actif.

Ces trois principes étant pourtant qualitativement distincts et se définissant mutuellement, il y a entre eux intéraction, manifestant les quatre qualités élémentaires: le chaud, le sec, l’humide, le froid.

En effet, les trois principes -actif, passif, neutre- constituant le ternaire, il y a quatre interactions possibles:

-L’actif interagit avec le passif pour donner le chaud.
-L’actif interagit avec le neutre pour donner le sec.
-L’actif interagit avec le neutre et le passif pour donner l’humide.
-Le passif interagit avec le neutre et le passif pour donner le froid.

On peut donc dire que pour effectuer son évolution, la Matière chaotique se réalise, dans un premier temps en quatre modes distincts qui sont les quatre qualités élémentaires: chaud-sec-humide-froid.

Ces quatre qualités dans leur manifestation vont alors s’opposer deux à deux. De leur action, les éléments Terre, Eau, Air, Feu sortiront comme principes secondaires, du mélange desquels se formera une matiére seconde, sujette aux vicissitudes de la génération et de la corruption.

-L’élément Feu naît de l’exaltation, de la réaction et de la concentration du chaud par le sec.
-L’élément Air naît de l’action du chaud sur l’humide.
-L’élément Terre naît de l’action du sec sur le froid.
-L’élément Eau naît de l’action du froid sur l’humide qui le condense, le retient, l’alourdit. L’élément Eau isolé est de nature passive, atténuante, réceptrice, désagrégeante, dispersive, instable.

Du quaternaire initial des qualités -sec, froid, humide, chaud- se déduit le quaternaire des éléments -Feu, Eau, Air, Terre- selon la figure 1.

Bien entendu, ces modalités de la substance unique ne doivent pas être confondues avec les corps élémentés de notre terre. Les uns sont les effets, les autres sont les causes, les principes. Toute matérialité est la résultante d’un équilibre entre les éléments qui s’opposent deux à deux. C’est une des raisons pour laquelle il est bien difficile de parler de l’élément EAU sans citer les trois autres.

Il en résulte un point fondamental: l’homme ordinaire ne connaît pas les éléments au-delà de la Terre. L’Air, l’Eau, le Feu, tels qu’ils sont en eux-mêmes, il n’en connaît que leur manifestation terrestre, les formes qu’ils revêtent en apparaissant à travers l’élément Terre, c’est-à-dire à travers les processus de la perception corporelle.

L’EAU, l’AIR, le FEU que chacun connaît comme états de la matière physique, ne sont que des correspondances, pour ainsi dire, tangiblement symbolique des véritables Éléments que les Maîtres de l’Hermétisme appelaient « vivants » et qui, en eux-mêmes, sont d’autres états de l’être, d’autres modalités de la conscience, non liés au corps.

Citons un extrait des Fables Égyptiennes dévoilées de Pernety.

« La Nature n’employa donc dès le commencement que deux principes simples, dont tout ce qui existe fut formé; savoir la matière première passive, et l’agent lumineux qui lui donna forme. Les éléments sortirent de leur action, comme principes secondaires.

Les corps sensibles de la terre, de l’eau, de l’air, qui dans leurs sphères sont réellement distincts, ne sont pas les premiers et simples éléments que la Nature emploie dans ses diverses générations. Ils semblent n’être que la matière des autres. Les éléments simples sont imperceptibles et insensibles, jusqu’à ce que leur réunion constitue une matiére dense, que nous appelons corps, à laquelle se joignent les éléments grossiers, comme parties intégrantes.

Sur ces principes les anciens philosophes distinguent les éléments en trois seulement et l’univers est gouverné par trois frères, enfant de Saturne, qu’ils disent fils du Ciel et de la Terre. Les Égyptiens, regardaient Vulcain comme Père de Saturne, si nous en croyons Diodore de Sicile. C’est sans doute la raison qui put les déterminer è ne pas mettre le feu au nombre des éléments. Mais comme ils supposaient que le feu de la Nature, principe du feu élémentaire, avait sa source dans le Ciel, ils en donnèrent l’empire à Jupiter, et pour sceptre et marque distincte ils l’armèrent d’une foudre à trois pointes et lui associèrent pour femme sa sœur Junon, qui gouverna l’Air. Neptune fut constitué sur la mer et Pluton aux enfers. Chacun des trois frères avait un sceptre à trois pointes pour marquer son empire et pour donner à entendre que chaque élément, tel que nous les voyons, est un composé des trois. »

On peut donc dire que les quatre éléments sont les quatre principes subtils, les quatre éthers formateurs qui sont à l’origine de tous les corps matériels. Ces quatre éthers sont invisibles, immatériels bien que parfaitement réels. Ce sont des forces cosmiques, des formes énergétiques issues de la même source universelle que les Anciens nommaient Quintessence, « semence des éléments » pour employer un terme alchimique.

Ainsi l’eau correspond à l’éther chimique qui est celui des sons et des nombres, et produit des formes de demi-lunes ou de disques brillants.

Les Anciens se sont servis du triangle pour représenter les éléments. Le symbole de l’eau est un triangle regardant vers le bas. Ce triangle est un feu renversé. Ce symbole, qu’il soit regardé dans un plan vertical ou dans un plan horizontal, évoque une chute, quelque chose qui descend, qui pénètre comme la pluie qui tombe du ciel, les corps pour les vivifier.

Plus généralement, l’eau peut symboliser l’état liquide que prend tous les corps terrestres sous l’action plus ou moins forte du feu. Comme l’eau s’étale horizontalement, elle tend au repos, au calme, à la passivité. On peut ainsi établir un rapprochement entre l’eau et la nature féminine.

Voici quelques propriétés intéressantes de l’élément Eau. D’après la proposition de Platon concernant les quatre éléments, on peut dire que le Feu est à l’Air, ce que l’Air est à l’Eau, et ce que l’Eau est à la Terre. Si nous nommons cette proportion, nous aboutissons au schéma suivant:

{ Feu= , c’est le Point, le UN sans dimension.
{ Air= , c’est la ligne à une dimension.
{ Eau= , c’est la surface, le plan horizontal.
{ Terre= , c’est le volume.

Platon dévoile dans son « Timée » la relation qui unit les quatre éléments avec les polyèdres réguliers. Ainsi:

{ Terre —— Cube
{ Eau ——- Icosaèdre (solide à 20 faces triangulaires)
{ Air ——– Octoèdre (solide à 8 faces)
{ Feu ——- Tétraèdre (pyramide à 4 faces)

Nos Anciens disaient que l’Eau est d’une nature de densité qui tient le milieu entre celle de l’Air et celle de la Terre. Elle est la menstrue de la Nature, et le véhicule des semences. C’est un corps volatil qui semble fuir les atteintes du Feu et s’exhale en vapeurs à la chaleur la plus légère. Il est susceptible de prendre toutes les figures et est plus changeant que Prothée. L’Eau est un mercure qui prenant tantôt la nature d’un corps terra-aqueux, tantôt celle d’un corps aqua-aérien, attire et va chercher les vertus des choses supérieures et inférieures. Il devient par ce moyen le Messager des Dieux et leur Médiateur. C’est par lui que s’entretient le commerce du Ciel et de la Terre. Ici nous voyons une des plus importantes connexion entre les symboles de l’eau et du mercure et aucun signe alchimique n’égale en importance celui du mercure. Brièvement, nous dirons que c’est le symbole de la Force-Vie de l’Un, la Shakti de la tradition hindoue. C’est l’essence fondamentale de la vie des choses et des êtres, comme le principe grâce auquel ils se produisent, se développent et se transforment. C’est l’agent universel de la Nature, le messager des Dieux. Elle est à l’origine de toute vie manifestée, elle est sève, souffle vital, régénération.

Sa relation à la vie, au souffle vital, au corps éthérique, l’associe à la Lune qui possède une grande influence sur elle: montées ou descentes de sève, marées, cycles menstruels, lymphe.

L’Eau volatilisée par le Feu retombe en pluie sur la Terre. Elle y circule et corrompt les germes fécondés par l’Air et animés par le Feu. L’Eau fait naître la putréfaction dans la Terre par l’action de l’Air.

Nos Maîtres disent qu’au commencement tout était Eau, montrant ainsi une autre facette du symbole de l’Eau. L’Eau devient ainsi le symbole de la première matière sans forme. C’est le Chaos d’où tout est sorti qui était comme une vapeur, ou une substance humide, semblable à une fumée subtile. La Lumière la raréfia et les cieux se formèrent de la portion la plus subtilisée; l’Air de celle qui l’était un peu moins; l’Eau élémentaire de celle qui était la plus grossière, et la Terre de la plus dense. Cette première Eau correspond à la matière indépendante de toutes les formes et de tous les aspects qu’elle est susceptible de revêtir. Elle renferme en elle-même toutes les possibilités de manifestation. C’est Noun, le milieu abstrait, primordial, l’Océan cosmique qui sous l’effet de l’acte créateur donnera naissance à Tefnout, l’Eau vivante, animée (c’est-à-dire ayant nécessairement en elle un feu styptique) que la kabbale appelera Eshmajin.

Comme l’Eau est à l’origine de toute vie manifestée, elle devient un instrument de purification par aspersion, ablution, lavage. La nature de l’eau la porte à la pureté car elle a toujours tendance par sédimentation, ou évaporation, à se régénérer, se purifier, devenir transparente. Ces rapprochements permettent d’envisager l’épreuve de l’Eau, telle qu’on la subissait dans les initiations, comme le symbole du passage de la vie sensuelle à la vie spirituelle. En traversant l’Eau, nous lui abandonnons ce qui lui appartient. L’immersion est régénératrice, elle opère une renaissance dans le sens où elle est à la fois mort et vie. Elle efface les poussières du passé et rétablit l’être dans un état nouveau.

En astrologie, l’Eau cardinale est l’Eau du Cancer, le 4ème signe, le fond du ciel, la gestation, la mère, la génération. la Lune y a son domicile, grand réservoir du principe humide favorable à la végétation. L’Eau du Scorpion (8ème signe) est la renaissance, après la réalisation dans le monde manifesté. L’Eau du Poisson (12ème signe) est celle de la libération de l’être, c’est la source de la vraie vie céleste, le bain d’immortalité.

« Qui boira de l’eau que je lui donne n’aura plus jamais soif » (Jean 4- verset 4) et quand l’homme boit de cette eau, alors la lumière de vie s’allume en lui. »

Si

de Rudyard Kipling

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux ne soit tout pour toi;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ses deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres la perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon Fils.

De la parole à l’écriture

C’est une grande énigme, qui m’interroge, depuis quand les Hommes, sont ils passés du grognement animal à la parole? Quand est ce que la répétition de grognements, indiquant soit des objets, soit des situations, est devenu pour la tribu, compréhensive et imitative, par les adultes puis par mimétisme par les enfants. Personne ne peut le dire avec précision, et cela fait partie des grandes inconnues de l’Histoire. Est-ce le développement du larynx, du cerveau? Nul ne peut le dire. Tout ce que l’on sait, est que le geste accompagna la Parole.

Mais une chose est certaine, ce fut un grand bond pour les Civilisations à venir. De ce temps reculé, il nous reste au 21ème siècle, des exemples encore visibles de nos jours. Chez les peuples Esquimaux par exemple. Compte tenu des conditions climatiques, il est bien évident que seule la Parole pouvait assurer la cohésion du groupe, faute de matériaux pour écrire, le sang séché des animaux n’étant pas très fiable et résistant au grand froid. Aussi chez certains peuples d’Afrique. Il y a un petit nombre de langues et de dialectes qui ne peuvent pas être transposés dans une écriture compréhensible, de nos jours faute de support résistant à la chaleur et à l’humidité mais aussi de grammaire codifiée.

La Parole a donc pendant des millénaires servis de moyen de compréhension et de mémoire pour nos lointains ancêtres. Il est vrai que la mémoire a dû être le seul moyen utilisé pour transmettre ce que l’on nomme l’expérience. Quels sont les fruits que l’on peut manger, quels sont les animaux que l’on peut chasser sans risques, où trouver de l’eau, comment fabriquer et reproduire à volonté le Feu? Beaucoup d’interrogations mais pas beaucoup de réponses. Ce qui est certain est que la mémoire et la Parole pendant des siècles furent le lien des premiers hommes.

Il y a environ sept mille ans, entre le Tigre et l’Euphrate, la première écriture reconnue comme tel par les scientifiques, fit son apparition dans le royaume de Sumer, cette écriture, l’écriture cunéiforme, fut le premier signe d’une civilisation reconnue comme une organisation complexe de la société humaine.

L’écriture cunéiforme comprenait environ mille cinq cent signes pouvant couvrir les besoins vitaux de cette époque, comme le commerce, la religion, les premières lois, enfin tout ce qui concerne l’organisation du royaume de Sumer. On était passé de la tribu au royaume organisé grâce à l’écriture.

Mais ce nouveau moyen de communication était réservé, aux scribes de l’époque ainsi qu’aux prêtres et autres lettrés. On était scribe de père en fils pour éviter la divulgation de cette technique, car la possession de cette pratique était une garantie du pouvoir. C’est grâce à l’écriture cunéiforme, que l’on connaît, ce que l’on peut appeler le premier livre, l’Épopée de GILGAMESH. Épopée qui relate, si l’on en croit les historiens, le Déluge.

Mille cinq cent signes, pour assurer la cohésion du royaume sumérien, c’est beaucoup, mais il faut savoir qu’un même signe pouvait avoir plusieurs significations, en étant associés avec d’autres signes. C’était la première fois que la Parole était figée dans la matière.

Un peu plus tard, en Égypte, une autre civilisation, elle aussi utilisa l’écriture comme support au développement de son empire, les fameux hiéroglyphes. Cette écriture égyptienne, comprenait cinq mille hiéroglyphes, et là aussi savoir écrire et lire était l’apanage des scribes et des prêtres. Il y avait dans ces empires comme d’en d’autres, une séparation entre la Parole et l’Écrit, l’une étant réservée au plus grand nombre, l’autre réservée à une minorité. On trouve la même chose à des milliers de kilomètres de ces deux empires, dans le temps comme dans la distance, chez les peuples amérindiens, avec pour certains, une écriture que l’on n’arrive toujours pas à déchiffrer, les QUIPUS des Mayas. Les ordinateurs les plus puissants n’ont toujours pas réussi à comprendre le sens de ces cordelettes et des nœuds qui les composent. Mystère lorsque l’on sait que les Mayas avaient des connaissances astronomiques à peu près équivalentes è celles de nos savants du 19ème siècle.

Avec l’écriture, les civilisations pouvaient transmettre à leur descendance, les acquis de toutes sortes, et de tous les domaines, comme par exemple, les acquis techniques, les acquis sociaux, surtout concernant la succession des princes, les acquis religieux, les acquis philosophiques et d’autres. L’expérience des hommes n’était pas perdue, mais surtout elle devenait codifiée et transmise pour le futur, assurant ainsi la pérennité des civilisations.

Mais voici l’exception qui confirme la règle: le royaume des Incas, qui ne possédait pas un système écrit, au grand désarroi des historiens, qui ne peuvent faire que des hypothèses sur cette civilisation. Les chercheurs pensent que les Incas ont préféré la Parole à l’Écrit, dans tous les domaines d’activités de la vie quotidienne. Je pense qu’il faut une extrême rigueur de la mémoire, pour transmettre tous les éléments composants la vie sociale, et que cela impose, si je puis dire des gardiens de la mémoire. Le moins que l’on puisse dire et autant que l’on sache, la société Inca était une société rigoureuse. Mais la Parole au fil des siècles perd forcément de son intensité et de son intégrité, car faisant appel à la mémoire, il est inéluctable qu’il y est une déperdition modifiant le sens initial de la Parole.

De nos jours, en Afrique, il y a encore des Peuples qui fonctionnent toujours avec la Parole et ce malgré les efforts d’alphabétisation des gouvernements. Que l’on songe à l’arbre à palabre.

Durant le Moyen Âge, il y a eu mélange des deux, et la société médiévale, a toujours utilisé, et le droit coutumier, basé sur la Parole, et le droit écrit, comme les canons de l’Église. Un peu d’histoire sur l’écriture; tout d’abord sur les supports utilisés, en premier lieu la pierre, mais d’une utilisation peu pratique, ensuite l’argile, plus facile mais plus fragile, puis le papyrus, facile à utiliser, léger et rangeable; mais le papyrus était cher et d’un usage délicat, puis les végétaux, biodégradables à souhait et enfin le papier. Le papier, selon la tradition chinoise, fut inventé en Chine en 105 ap JC. C’est en 751 que le secret de la fabrication du papier se répand, d’abord de l’Asie Central, au Moyen Orient puis il atteint l’Occident au 12ème siècle, et par exemple en 1348 les français créent la première fabrique à Troyes. Mais son usage est encore cher, moins cher que le parchemin mais quand même, le papier reste coûteux.

Mais la grande avancée de l’écriture reste la transformation des idéogrammes en lettres d’alphabet. On ne peut pas dire que les Phéniciens soient les inventeurs de l’alphabet, mais 3000 ans avant JC, l’alphabet phénicien est pratiquement l’ancêtre de tous les systèmes alphabétiques du monde occidentale dépendant du bassin méditerranéen (alphabet grec, cyrillique, étrusque et latin) Il comporte 22 lettres avec un système phonétique simple et démocratique. Byblos reste dans le langage moderne comme l’exemple type.

Indiscutablement l’écrit a permis l’essor des civilisations, en rationalisant les moyens de communications, en passant de l’idéogramme, plein de concepts variables, à la lettre plus consensuelle par le plus grand nombre. Sans trop se tromper on peut penser que l’alphabet phénicien, est presque l’enfant du commerce phénicien, en permettant d’avoir un langage compréhensible par le plus grand nombre pour les différentes opérations commerciales (une petite disgression, on parle au 21ème siècle de mondialisation, mais au temps de Phéniciens, il y avait déjà la mondialisation: du bassin méditerranéen, jusqu’en Chine et plus)

Voici maintenant une chronologie générale sur l’écriture
-3300 Tablettes sumériennes d’Uruk au sud de la Mésopotamie le plus ancien témoignage d’écriture
-3200 Naissance du système hiéroglyphique égyptien
-2300 Pictogrammes des sites de Moenjo-dajo et Harappa considéré comme étant à l’origine de l’écriture proto-indienne
-2600 À Fara et abou-slabikh, premiers textes proprement littéraires
-2000 Le sumérien apparaît comme langue parlée en Mésopotamie
-1800 Existence en Grèce d’une langue retrouvée sur des tablettes
-1600 Système hiéroglyphique hittite
-1200 Apparition d’un alphabet de 22 lettres au Yémen
-1000 L’alphabet phénicien de 22 lettres se répand en Méditerranée et en Inde
– 700 Adaptation par les Étrusques de l’alphabet grec, pour donner naissance à l’alphabet Latin
– 600 Écriture hébraïque, « hébreu carré »
– 300 En Inde, deux écritures alphabétiques: le brahmi et la kharosthi se répandent et se diversifient en Asie centrale du Sud Est, au Tibet et Indonésie
– 200 Décret de Ptolémée V sur une stèle, en hiéroglyphes, en démotique et en grec. C’est la fameuse pierre de Rosette.
0 Invention du papier en Chine
Je passe sur une partie de cette chronologie pour arriver aux dates suivantes plus importantes.
+1000 Invention en Chine des caractères mobiles d’imprimerie en céramique.
+1100 Fabrication du papier en France
+1400 Gutenberg imprime la Bible (1455), l’imprimerie révolutionne la diffusion des livres et du savoir. Le papier va remplacer peu à peu le parchemin.

On peut dire è la lecture de cette chronologie, que les Phéniciens furent les premiers à fixer les sons de la Parole par des caractères grossiers. De nos jours l’écriture devient électronique, mais dans cent ans, qu’en restera -t-il ?

La Franc-maçonnerie

Nous avons aussi notre écriture « carrée » peut être d’origine hébraïque? Mais il faut bien le dire que de nos jours, elle n’est plus utilisée, ni même connue ou comprise par l’ensemble des SS et des FF. Si on laisse de côté le domaine des relations administratives entre les Loges et les Obédiences, basé uniquement sur l’écriture, toute la partie rituelle se fait par l’utilisation de la Parole, du son et du verbe.

Il y a des Loges ou les planches sont lues de mémoire en regardant le pavé mosaïque.
En cela nous ne sommes pas coupés de la Tradition Initiatique, puisque l’apprentissage du savoir qui doit conduire à la Connaissance doit se faire de « bouche à oreille », de la même manière que dans les sociétés que nous qualifions de primitives. C’est le son qui doit permettre au changement d’état de conscience.
Dans l’Islam, on trouve un bon exemple de la puissance du son et de la Parole, la qualité du muezzin est déterminée par les modulations de son appel à la prière. De la même façon, c’est en psalmodiant les sourates du Coran, que l’on apprend à mieux connaître Dieu, et à s’identifier à lui. Le christianisme, n’est pas en reste, par les chants grégoriens que les moines chantent presque toute la journée, au cours des différents offices. Le monachisme étant lui aussi, une autre forme initiatique, à savoir obtenir un état de conscience différent et supérieur de la moyenne des Hommes.

Nos rituels s’ils ne sont pas chantés, sont parlés, et subissent des ruptures de sons et de cadences ponctués par les coups de maillet. Ces coups de maillets ne sont pas uniquement décoratifs, ils indiquent seulement un changement de rythme dans le déroulement du rituel.
Tout ceci coule de source puisque nous sommes à la recherche de la Parole Perdue qui est le Verbe créateur de la Bible.

La Parole pour le Maçon est importante, elle débute lorsque nous prêtons Serment sur les trois lumières, à cet instant, elle est un peu notre carte d’identité, pour les autres FF qui la reçoivent, et tout au long de notre vie maçonnique, elle sera la représentante de notre qualité maçonnique et de notre savoir maçonnique, c’est grâce à la Parole que d’autres pourront nous reconnaître comme Franc-Maçon.

Nous devrons ne pas parler pour ne rien dire, et nous ne pourrons pas prendre la Parole plus de trois fois, pas seulement par discipline, mais surtout, pour nous faire prendre conscience, que la Parole ne doit pas être un torrent impétueux, mais une source agréable, pour l’oreille des FF et SS. Il nous faut être avare de Parole, car il est dit que celui qui sait, ne parle pas.

Comme le muezzin, comme le moine, elle le témoin de notre état d’esprit, et il n’est pas nécessaire qu’elle vienne de notre intellect, pour être efficace, mais qu’elle vienne aussi de notre cœur, pour être active. Mais c’est dans le silence que la Parole prend force et vigueur, et le paradoxe de cette Planche, c’est que pour parler de la Parole, j’ai utilisé l’écriture; aussi mes Sœurs et Frères, « retirons nous en paix sous la loi du silence ».

Un Vieil homme m’a dit en songe

par: auteur inconnu

Une nuit, j’ai fait un rêve étrange.

J’étais enfermé dans une pièce sombre où des objets bizarres y étaient déposés. La porte s’est entrouverte, personne ne venait. Cette porte m’attirait. J’avais envie de la franchir. Une petite voix intérieure me conseillait la prudence. Elle me disait «reste là». Mais la curiosité fut la plus forte, je franchis le passage.

J’étais sur un chemin, je marchais droit devant. Au bout d’un moment, je cherchais une direction, il n’y en avait pas. Je cherchais des repères, ils s’estompaient. Revenir en arrière m’était impossible. Abandonner, je ne pouvais pas. Il fallait bien que je me rende à l’évidence: j’étais perdu, isolé du monde.

Lorsque je regardais le ciel, il y avait d’épais nuages. Lorsque je me raccrochais au chemin, les pierres me faisaient trébucher. J’étais las, découragé. De toutes mes forces, j’implorais de rencontrer quelqu’un. Enfin dans ce brouillard, je distinguais quelque chose, je m’en rapprochais. Quand je fus suffisamment près, je reconnus la silhouette d’un homme, d’un vieil homme. Il était assis sous un arbre. Mon vœu était exhaussé, il me renseignera sans doute. J’étais pratiquement arrivé devant lui que la route sur laquelle je me trouvais bifurquait.

Celle de droite me conduisait à un hameau. J’entrevoyais les lueurs, j’entendais les bruits sourds de la vie des habitants. Nouveau dilemme! Je pouvais partir à droite, courir vers la civilisation, m’y réfugier, même me faire prendre en charge. Mais il y avait ce vieil homme sous son arbre. Il ne disait rien. Il ne bougeait pas. Il ne me regardait même pas. Je n’étais rien pour lui. Et là, je pris une décision incroyable: c’est vers lui que j’irais.

Quand enfin je fus devant lui, il me dit: «bonjour, mon jeune frère». Je lui répondis poliment bonjour. Il me demanda qu’elle était ma destination. Je lui répondis: «Je ne sais pas où je vais, il me semble manquer d’indications.» Il me demanda ce que je voulais. Je lui répondis: «Je vois si mal sur ce chemin, j’aimerais un peu plus de lumière.» Il me dit: «vois-tu! La lumière est quelque chose d’impalpable, tu crois la voir mais ce n’est qu’une lueur vacillante dans le lointain.»

Il se tourna alors vers moi. Je distinguais son visage, il était sans âge. Il me demanda: «Depuis quand marches-tu? Où vas-tu? Quel âge as-tu? Qu’as-tu appris sur cette route?» A toutes ces questions je ne pouvais que répondre: «je ne sais pas, je ne sais rien.»

Le vieil homme m’invita à m’asseoir sur le bord du chemin. Il me parla longtemps. Il me disait: «Vois-tu, tout individu depuis son enfance construit son avenir. Au début il acquiert des bases. Je préfère dire qu’il creuse ses fondations. Plus elles seront solides, plus son édifice aura de stabilité.

Je te l’accorde, rien ne sera facile. Il te faudra donner beaucoup de courage pour un travail qui parfois te semblera fort modeste. Surtout ne te hâte pas. C’est en marchant lentement que tu parcourras de grandes distances. Cette construction ne pourra pas être individualiste. Tu auras besoin des uns et des autres pour créer. Sans eux, sans tes aînés, sans leurs traces, comment ferais-tu? Les anciens auront le devoir de te montrer leurs travaux pour qu’à ton tour tu puisses poursuivre ton chemin.

Tu seras enrichi, par la connaissance transmise par tes pairs! Tu devras fournir plus d’effort. Tu te sentiras interpellé par des phrases. Tu tenteras d’en deviner le sens. Et c’est dans le silence de ta réflexion que tu commenceras à apprendre en écoutant, en regardant pour n’accomplir qu’un seul petit pas qui te permettra d’en faire un autre, puis encore un autre et ainsi de progresser en sérénité. La sérénité, c’est aussi l’unité. La racine de ce mot est «uni». Sans cette union, tu ne pourras rien, tu ne seras rien. Tu te sentiras solidaire de tes autres frères comme de toi-même.

Pour faire ce métier, il n’y a pas réellement d’école, il n’y a que le travail en commun qui montre la voie du voyage vers la connaissance.»

Au moment de lui répondre, un violent coup de vent venu de nulle part me fit fermer les yeux un bref instant, je ressenti mille et une choses, j’en retins une sensation étrange et agréable, quand je pus rouvrir les yeux le vieil homme avait disparu, je ne sais pas qui il était. Il avait dit beaucoup de choses qui bizarrement résonnaient à mes oreilles.

Une phrase me revenait lancinante: qu’as tu appris sur cette route? Quoi répondre, moi l’homme du 20ème siècle, bientôt du troisième millénaire avec mes arrogances, mes certitudes. Bien sûr, j’ai appris des tas de choses mais à la réflexion, à quoi me servent-elles? C’est lui qui vient de m’enseigner quelque chose autrement plus important.

Il y a dans ce monde un langage qui peut-être comprit de tous a condition qu’ils veuillent bien l’écouter et que lui-même avait employé pendant tout ce temps où nous étions ensemble. C’était le langage de l’enthousiasme, des choses que l’on fait avec amour, en vue de ce que l’on veut obtenir et ce en quoi l’on croit. Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir.

Je me suis éveillé d’un bond, j’étais en nage, il faisait noir, je ne savais plus où j’étais. Seule la lueur du radio-réveil me rappela à la réalité. J’écoutais la nuit, elle était calme, mon épouse et mes enfants dormaient paisiblement.

Vouloir et croire, que veulent dire ces mots qui cognent dans ma tête. Prendre la route! Mais oui, à présent j’y suis. Cette route, je l’ai prise un soir de février, je me souviens à présent. Je suis sur le chemin, je vais lentement, mais j’avance vers vous. J’ai maintenant un sentiment de dédoublement de la personnalité, un vieil homme en moi que j’ai supprimé, et l’homme nouveau que je suis devenu qui chemine sur cette route laborieuse, je ne regrette rien de mon choix, alors qu’à la bifurcation, les lumières de la ville m’attiraient comme un papillon.

Aujourd’hui j’apprends à chaque foulée; j’apprends même quand le chemin n’est pas droit ou fait des détours, j’apprends aussi quand je ne comprends pas. Peut-être que l’essentiel est de connaître, de découvrir, non de tout savoir. Mais ma motivation reste intacte et restera jusqu’au moment où mes forces m’abandonneront et là je deviendrai le vieil homme de mon songe; alors je poserai mon sac à un carrefour; ma plus grande joie sera alors de voir passer un jeune homme comme je fus, et qui me demandera «vénérable vieillard, qu’elle heure est-il et quel chemin dois-je prendre?» Et je le regarderai dans les yeux en lui disant: «Il est midi plein, prends le chemin le plus difficile, c’est celui du cœur.»

J’ai dit.

La Rose

Small_Red_RoseLa symbolique Maçonnique fait à la rose une place discrète comme elle, mais pleine de beauté. La Rose, signe de secret et de fidélité, dans les temps gothiques, devait naturellement devenir l’emblème de l’Amour et plus encore du don de l’Amour.

La Rose rouge, Rose des philosophes, est l’image de la Pierre philosophale. Elle symbolise l’accession à la Lumière, à la Connaissance. Ce chemin qui y mène est long, difficile, chargé d’embûches comme la tige de la rose est hérissée d’épines mais aussi parsemé de joies mais il n’est pas impossible de le parcourir et, parfois, d’approcher du but.

La rose demeure le pur reflet du Divin où chacun doit trouver, suivant son degré d’évolution, le pétale embaumé qu’il enfermera dans son cœur.

Le silence de la rose demeure lié à celui d’une initiation par simple loi de causalité.

Parler « Sub Rosa », sous le maillet pour les Maçons, signifie s’exprimer sous le sceau de secret entre initiés dans un lieu où ne pénètre pas la curiosité des profanes.

Nous espérons, ma Sœur, mon Frère, que vous aurez autant de plaisir à la recevoir que nous avons à vous l’offrir.

Bien fraternellement.

Ici et maintenant. Vivre l’instant présent

Travail présenté à l’occasion des Journées PAPUS 1996

Au fur et à mesure que je préparais ce travail, j’ai pris conscience de l’importance que revêt la notion de « ici et maintenant » au cours de notre quête spirituelle.

En effet, « vivre ici et maintenant », c’est tout d’abord vivre en paix ; pas uniquement sans conflits, mais dans un état positif et dynamique.

Si on comprend l’expression « vivre ici » au pied de la lettre, cela signifie vivre ici mais pas autre part, dans un monde créé de toutes pièces par notre mental pour échapper à une réalité qui dérangerait notre ego ; un autre lieu, où nous pourrions nous préoccuper plus de nos droits que de nos devoirs, échapper à une réalité sociale et émotionnelle qui nous effraie nous contraint à faire des choix, à prendre nos responsabilités. « Vivre ici » c’est ne pas se laisser submerger par l’illusion du mental.

Il en de même pour « vivre maintenant »: « vivre maintenant » c’est être présent au présent, pas attaché au passé ou par le passé. Si une personne reste attachée à un moment qu’elle a vécu, qu’il soit heureux ou malheureux, si l’accomplissement de ses désirs ne se réfère qu’au passé, elle vit le présent tel qu’il souhaiterait être selon son vécu passé ne lui laissant pas la possibilité d’exister tel qu’il est. Par conséquent, dans dix ans cette personne aura toujours le même passé puisqu’elle n’aura pas créé de présent. En fait le mental, préoccupé ou influencé par le passé, ne fait rien d’autre qu’échapper au présent, ce qui a pour résultat d’être en décalage avec sa réalité présente et de vivre dans un monde de fantasmes et d’illusions.

Il en est de même pour l’attachement au futur : une personne qui vit en fonction de son futur, c’est-à-dire qui a peur de devenir, ou qui ne s’attache qu’à la réalisation de ses buts et ses rêves ; n’acceptera pas que le présent puisse les transformer en une réalité différente. Cette personne sera souvent en conflit avec la réalité du présent, car elle aura du mal à accepter, à comprendre que sur le chemin de sa réalisation des étapes peuvent s’avérer difficiles. Elle les considérera comme des obstacles et seulement comme des obstacles à sa réalisation. Résultat : ce type de comportement, exclusif, est souvent dû à un refus de la réalité, freine notre évolution puisqu’elle se construit dans ce qui est actif, réel, donc présent. « Vivre ici et maintenant », c’est vivre, en pleine conscience l’instant présent.

Rien sauf ce qui est ici et maintenant n’existe en soi. Le passé et le futur restent flous, passifs. Le présent est actif, il contient tout ; il est potentiellement évolutif car il se transforme. Il devient le futur et est déjà le passé, alors que le passé ne sera plus ni présent ni futur, et que le futur est en attente de devenir. Le passé et le futur en soi n’existent pas. Le passé a été, le futur sera et le présent est. « Il est celui qui est ».

Vivre l’instant présent c’est être au carrefour de ce qui a été, est et sera c’est vivre le point, l’unité. En vivant ici et maintenant, nous occultons l’éphémère, c’est-à-dire le passé, pour ne vivre, dans un espace infini, que l’instant présent, permanent, éternel. Si nous concentrons notre présence globale : pensée, sentiment et volonté sur ici et maintenant, nous ne nous dispersons pas et nous avons la possibilité de cristalliser notre attention vers des pensées, des sentiments et des actions essentielles.

En vivant ici et maintenant, nous participons à symboliser un « combat » pour l’éternité, car le présent est continu et éternel. Par définition le temps humain est fini, alors que le divin est infini, sans limite, il est donc la négation du temps et de l’espace. Ainsi, « vivre ici et maintenant », c’est passer d’un espace et d’un temps humains, donc limités, à un espace et un temps sacrés. Ce n’est pas que le temps et l’espace deviennent plus longs et plus grands, c’est notre façon de les percevoir et d’agir qui change.

En percevant ce temps et cet espace dans ce qu’ils sont, c’est-à-dire dans leur aspect présent et divin ; on prend conscience que tout en surface n’est qu’illusion et qu’il ne reste que le profond, l’unité, l’amour.

« Vivre ici et maintenant » c’est sortir d’un temps défini tel que passé, présent, futur ; c’est sortir d’un espace défini : ici, en haut, en bas, à droite, à gauche, ailleurs ; c’est sortir de notre ordre cosmique, limité, ordonné, pour créer le « désordre », le « chaos », le vide, duquel naît un autre ordre ; « divin ».

Le passé, le présent et le futur ne sont que la manifestation des désirs et se dissolvent, tous trois, dans la conscience.

« Vivre ici et maintenant » aide à ne pas juger. Juger c’est comparer, se référer à … C’est faire appel à des valeurs fausses et illusoires du fait qu’elles se fondent sur la comparaison, qui elle-même est fausse, puisque toute chose, toute situation, tout être est unique, donc incomparable.

« Vivre ici et maintenant » c’est vivre la neutralité ; vierge de toute comparaison entre ce qui est bien ou mal, mieux ou moins bien, puisque dans le présent tout est. C’est aussi s’offrir la possibilité d’accomplir son « Dharma », son devoir, non pas dans ce qu’il devrait être, mais dans ce qu’il est.

Si on reste attaché au présent, passé et futur on génère des regrets, des doutes et des espoirs, donc des désirs égotiques. Si on vit « ici et maintenant », on engendre la confiance puisque ce qui compte n’est pas ce qui fut ou sera mais ce qui est. Le devenir est dans le présent. Ainsi on évolue.

La notion d’ici et maintenant est une notion dynamique et évolutive. C’est être arrêté, en mouvement, ou vivre la discontinuité dans la continuité. Je m’explique : Imaginez une droite. On considère une partie de cette droite composée des points A, B, C, D, E, F, G. Cette partie de droite commence au point A et finit au point G. C’est une façon simple et évidente de la définir. Mais si on regarde au-delà du premier coup d’oeil, de la première prise de conscience, on sait qu’entre chacun de ces points définis il existe une multitude de points. Si on considère que cette partie de droite symbolise la notion d’ici et maintenant, on comprend que vivre ici et maintenant c’est vivre la discontinuité, c’est-à-dire le point, dans la continuité, c’est-à-dire la droite. Dans notre quête de l’instant présent, c’est cette multitude de points, qui est entre chaque point défini, non évidente, non définie d’abord, qui nous intéresse. En fait, il s’agit de chercher au-delà de ce qu’on voit, de ce qu’on croit voir, au-delà de ce qu’on croit, de ce qu’on croit croire.

Pour terminer, permettez-moi de proposer à votre conscience quelques petites réflexions :

  • Pendant les réunions « rituelles », est-ce qu’on se donne vraiment la peine de vivre ici et maintenant ? Je ne veux pas seulement dire essayer d’être présent en A ou F ou E ; mais plus encore, essayons-nous vraiment d’être présent, attentif, actif dans le présent, dans chaque instant qui est entre chaque instant qui est entre chaque instant ?
  • Essayons-nous vraiment d’être présent, attentif, actif, dans chaque « ici » qui est entre chaque « ici », qui est entre chaque « ici », qui est entre chaque « ici » ?
  • N’est-ce pas ainsi, en tentant de vivre le présent dans le présent, que nous pourrons vivre ce qu’il y a de sacré, dans l’espace et le temps ?
  • En vivant ici et maintenant dans ce qu’il a de plus infime, de plus subtil ; ne verrons-nous pas surgir l’essentiel du temple, de la réunion et de nous-mêmes ? Finirons-nous alors par n’exprimer que les gestes et les mots nécessaires ?
  • N’est-ce pas ici et maintenant, en commençant par les réunions, qu’il faut vivre ici et maintenant ?

Voila ce qui nous est proposé en vivant nos réunions dans un espace et un temps sacré, puisque vivre l’instant présent c’est entrer dans un autre ordre sacré, infini et éternel.

« Là où on ne voit rien d’autre, où on entend rien d’autre, où on ne connaît rien d’autre: c’est l’infini. Là où on voit autre chose, où on entend autre chose, où on connaît autre chose: c’est tout petit. Seul l’infini est immortel. Le fini est mortel « 

Chandogya Up. 7.23.1.
FAGON
Groupe PERSIVAL
Collège de Paris

Préceptes Maçonniques

L’œuvre des Francs-Maçons est de faire du bien à leurs semblables, combattre les préjugés et travailler.

Dis la vérité, pratique la justice, pense avec droiture.

Agis envers les hommes, comme tu voudrais que les hommes agissent envers toi.

Aime ton prochain.

Ne faits point le mal; faits le bien. Laisse parler les hommes.

Le vrai culte consiste dans les bonnes mœurs et dans la pratique des vertus.

Fais le bien pour l’amour du bien lui-même.

Aime les bons, plains les faibles, fuis les méchants, mais ne haïs personne.

Parle sobrement avec les grands, prudemment avec les égaux, sincèrement avec tes amis, doucement avec les petits, tendrement avec les pauvres.

Ne flatte pas ton frère, c’est une trahison; si ton frère te flatte, crains qu’il ne te corrompe.

Écoute toujours la voix de ta conscience, elle est ton juge.

Soulage les pauvres; chaque soupir que ta dureté leur arrachera sera une malédiction qui tombera sur ta tête.

Respecte l’étranger voyageur; aide-le, sa personne est sacrée pour toi.

Évite les querelles, préviens les insultes, obéis toujours à la raison.

Si tu rougis de ton état, c’est de l’orgueil; songe que ce n’est point la place qui honore ou dégrade l’homme, mais la manière dont il la remplit.

Lis et profite, vois et imite, réfléchis et travaille; rapporte tout à l’utilité de tes frères; c’est travailler pour toi-même.

Sois content partout, de tout et avec tout, si l’honneur n’y est pas contraire.

Réjouis-toi dans la justice; courrouce-toi contre l’iniquité; souffre sans te plaindre.

Ne juge pas légèrement les actions des hommes; loue peu et blâme encore moins; pense que pour bien juger les hommes, il faut sonder les cœurs et scruter les intentions.

Respecte les femmes; n’abuse jamais de leur faiblesse et meurs plutôt que de les déshonorer.

Si tu deviens père, réjouis-toi, mais comprend l’importance de ta mission. Sois pour ton enfant un protecteur fidèle. Fais que jusqu’à dix ans il te craigne, que jusqu’à vingt ans il t’aime, que jusqu’? la mort il te respecte. Jusqu’à dix ans sois son maître, jusqu’à vingt ans son père, jusqu’à la mort son ami. Pense à lui donner de bons principes plutôt que de belles manières; qu’il te doive une droiture éclairée et non pas une frivole élégance; fais le honnête homme plutôt qu’habile homme.

Je suis mon propre guide

La réponse que nous cherchons est en nous.
 
Les livres, les méthodes, les pratiques, les maîtres peuvent servir de poteaux indicateurs ou constituer une source d’apprentissage mais ils ne nous dispenseront jamais de l’effort et du courage requis pour affronter nos propres luttes intérieures. 
 
Il semble beaucoup plus facile de suivre un guide, de nous en remettre à une autorité supérieure, mais la confiance en la vie sous-entend une profonde confiance en nous-mêmes et en nos possibilités créatrices.
 
Si nous avons l’impression de ne pas valoir grand-chose, partons de ce sentiment, sondons-nous et cherchons ce qui nous a convaincus que nous n’étions pas essentiels. Être au monde est important et nous en sommes la preuve vivante.
 
Je creuse en moi-même pour trouver la voie de la réconciliation.  Ma paix est grande.
« Pour aller loin, vous devez commencer par ce qui est près de vous. C’est là l’étape la plus importante. » – Krishnamurti

Je suis la Franc Maçonnerie

par Ray V. Denslow

Je suis né dans l’antiquité, au temps ou les hommes ont commencé à rêver de Dieu.
J’ai été éprouvé durant plusieurs ères, et jugé vrai.
 
Les carrefours du monde portent l’empreinte de mes pieds et les cathédrales de toutes les nations exhibent l’habileté de mes mains.
 
Je lutte pour la beauté et pour la symétrie.
 
Dans mon cœur est la sagesse, la force et le courage pour ceux qui demandent.
 
Sur mes autels est le Livre Sacré, et mes prières vont à Un Dieu Tout-puissant, mes fils travaillent et prient ensemble, sans distinction de rang et sans discorde, dans les lieux publics et dans la chambre intérieure.
 
Par des signes et des symboles je donne les leçons de vie et de mort, ainsi que la relation de l’homme avec Dieu et de l’homme avec l’homme.
 
Mes bras sont ouverts afin de recevoir ceux d’âge légal et de bonnes mœurs, qui me cherchent de leur plein gré.
 
Je les accepte et leur enseigne é utiliser mes outils dans la construction de l’homme et ensuite, é trouver la direction dans leur propre recherche de la perfection tellement désirée et si difficile à atteindre.
 
Je relève ceux qui sont tombés et j’abrite le malade. Je prête l’oreille au cri des orphelins, aux larmes des veuves, à la douleur des vieux et des dépourvus.
 
Je ne suis pas une église, ni un parti politique, ni une école, cependant mes fils portent une grande part de responsabilité envers Dieu, leur pays, leur voisinage et eux-mêmes.
 
Ce sont des hommes libres, qui tiennent à leurs libertés et sont conscient des dangers qui rôdent.
 
À la fin, je les engage à suivre le voyage qui les amènera, au-delà de la vallée dans la gloire de la vie éternelle.
 
Je réfléchi sur le sable dans le sablier et je pense combien est petite une simple vie dans l’univers éternel.
 
J’ai toujours enseigné l’immortalité et pendant que je guide les hommes de l’obscurité vers la lumière, je suis un mode de vie.
 
Je suis la Franc Maçonnerie
« La Fin » mais en réalité seulement le commencement.