4ème missive /8

L’homme

leonardoComment peux-tu encore hésiter?
Tu me dis que tu ne te sens pas prêt, que jamais tu n’arriveras à égaler les rares Francs-Maçons que tu connais, que tu n’as ni le savoir ni la connaissance.
Sur quel piédestal veux-tu nous élever?.

Nous ne sommes en réalité que des hommes et des femmes comme tous les autres, et si certains ont réussi à devenir ce qu’ils sont, la Franc-Maçonnerie y a beaucoup contribué.

Je me souviens qu’avant mon initiation, comme la plupart de mes Frères et de mes Sœurs, je n’avais rien qui aurait pu te porter à croire que j’aurais un jour le plaisir de devenir ton ami. C’est après que nous ayons été choisis que nos vies, nos attitudes, nos conceptions ont commencé à changer. Si nous avons évolué, nous ne nous en sommes le plus souvent même pas aperçus tout de suite, il a fallu que nous jugions par comparaison avec certains de nos amis et de nos parents qui n’ont pas évolué, ou pas dans la même direction. Nous avons commencé par nous révolter contre leur étroitesse d’esprit, avant de comprendre que ce n’étaient pas eux mais nous qui avions changé.

Puisque tu es sincère, libre et de bonnes mœurs, et que tu veux savoir, tes progrès se réaliseront d’eux-mêmes. Rien de ce que tu as appris n’était inné en toi, c’est ta famille, l’école, l’apprentissage, la vie et l’expérience qui t’ont informé et que tu te rends compte que tu as encore à apprendre.
L’individu est la résultante de sa famille, de son éducation, de son instruction et de ses expériences; une nouvelle famille, de nouvelles expériences peuvent le changer et faire naitre en lui « l’homme nouveau » en tuant le « vieil homme » et ses habitudes, ses manies et ses préjugés.

Reste le problème capital de la femme. Car tu le sais, des esprits traditionnels lui refusent encore sa place parmi nous et et c’est un sujet d’âpres discutions. Bien que les Constitutions d’Anderson, dans la forme, précisent que seul l’homme est susceptible d’être initié, malgré l’opposition de toute une tendance qui refuse encore à la femme le droit à l’initiation, de nombreux exemples historiques prouvent que certaines femmes, dans bien des cas particuliers, ont été initiées.

Passant les préjugés, considérant que dans les temps modernes, la femme avait acquis le droit à l’égalité, délaissant l’hypocrisie qui consiste à offrir à la femme un simulacre d’initiation dans des Loges dites « d’adoption », certaines Loges ont décidé d’ouvrir à la femme ses portes à part entière. D’une façon générale, elles s’en félicitent, même si des erreurs de recrutement ont été montées en épingle pour jeter dans les esprits un certain doute.

La première vérité enseignée par la Franc-Maçonnerie est la transformation profonde que son groupement en société produit sur l’homme.

L’homme individualiste devient un homme social.

Mais, il faudra encore beaucoup de temps pour arriver à l’idéal vers lequel nous tendons, avant que n’existent des sociétés qui auront la vraie justice pour base, l’égalité pour devise et la liberté pour drapeau. Car, hors des groupements, l’homme ne peut attendre de ses semblables ni aide, ni amour, ni compréhension.

Mais c’est dans le domaine de la pensée que l’association porte ses plus beaux fruits, car c’est dans les groupements que les sciences et les arts, les découvertes surgissent parmi les êtres pensants.
C’est en passant d’un cerveau à l’autre que les idées se heurtent, se transforment, se développent; et du choc des idées jaillit l’étincelle de la connaissance.
Livré à lui-même, l’homme est sans force: physiquement, il est condamné; il ne pourra jamais évoluer.

Dans la Franc-Maçonnerie, comme dans les mystères anciens, les distinctions sociales et nationales s’effacent, les classes disparaissent, Il n’y a plus que des hommes libres. La Franc-Maçonnerie ne reconnait ni rang, ni position qui puisse mettre un de ses adeptes au-dessus des autres.
Seul le savoir peut constituer une hiérarchie morale et les plus savants ne s’y sont jamais considérés au-dessus des autres, donnant, au contraire, l’exemple de la modestie et de l’humilité, estimant que chacun, suivant ses aptitudes, participe au bien-être de l’ensemble.

Je voudrais te citer Platon qui estimait que les puissances incorporelles étaient des idées et que les idées sont des forces; que bien qu’insaisissables par leur essence, elles marquent l’action de leur empreinte et de leur image; enfin, qu’en donnant des qualités et des formes à ce qui est privé, un jour elles se matérialisent.

Est-ce que ma réponse te satisfait? Et si tes Frères et Sœurs t’en jugent digne, pourquoi jouerais-tu les faux modesties?

Ton Ami.